Variétoche 5


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Poursuivons nos recherches des infimes traces sociales dans la production « grand public », dite de variété, créée pour nous disturber, nous entertainmentiser… bref, nous la faire à l’envers !

* Serge Gainsbourg écrit Le poinçonneur des Lilas, en 1958, pointant les boulots merdiques, répétitifs et abrutissants que nous sommes contraints d’effectuer pour survivre. C’est Hugues Aufray qui, la même année, l’interpète en premier :

https://www.youtube.com/watch?v=Kgz2IV1Jk80&list=RDKgz2IV1Jk80&start_radio=1

* C’est en 1964 que Paul Simon écrit The Sound of Silence… chanson qui connaîtra quelques péripéties avant d’acquérir la célébrité qu’on lui sait. Ecoutons tout de suite la version de Simon and Garfunkel, en 1981 :

https://www.youtube.com/watch?v=NAEppFUWLfc&list=RDNAEppFUWLfc&start_radio=1

Ce blues urbain arrive à jeter un œil poétique sur le triste monde moderne, où les pubs dans les métros sont nos principaux interlocuteurs… « Les paroles des prophètes sont écrites sur les murs du métro. » Drôle de rappel de l’univers glauque du poinçonneur des Lilas, avant qu’il ne soit remplacé par des machines !

* Il existe une version plus fade de cette chanson par Richard Anthony, en 1966 :

https://www.youtube.com/watch?v=MaEw19cbRbE

* Par contre la version de Gérard Lenorman, en 1982, nous a surpris :

https://www.youtube.com/watch?v=EPa0109ObKk&list=RDEPa0109ObKk&start_radio=1

* Kent, c’est l’ancien chanteur de Starshooter. En 1990, sur l’album A nos amours, se trouve cet ironique J’aime un pays :

https://www.youtube.com/watch?v=TaMsr-JpLy0

* Christian Mary, en 2026, a un éclair musical de critique sociale, avec Vaches à lait moutons :

https://www.youtube.com/shorts/LWDW7gxkRvA

Comme pour le précédent J’aime un pays, on peut remplacer français par toutes les autres nationalités…


Paroles

Le poinçonneur des Lilas

Je suis le poinçonneur des Lilas
Le gars qu’on croise et qu’on ne regarde pas
Y a pas de soleil sous la terre, drôle de croisière
Pour tuer l’ennui, j’ai dans ma veste
Les extraits du Reader’s Digest

Et dans ce bouquin y a écrit
Que des gars se la coulent douce à Miami
Pendant ce temps que j’fais le zouave
Au fond de la cave
Paraît qu’il y a pas de sot métier
Moi je fais des trous dans des billets

J’fais des trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous
Des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous
Des trous de seconde classe, des trous de première classe
J’fais des trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous
Des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous
Des petits trous, des petits trous, des petits trous, des petits trous

Je suis le poinçonneur des Lilas
Pour Invalides changer à l’Opéra
Je vis au cœur de la planète
J’ai dans la tête un carnaval de confettis
J’en amène jusque dans mon lit

Et sous mon ciel de faïence
Je ne vois briller que les correspondances
Parfois je rêve, je divague, je vois des vagues
Et dans la brume au bout du quai
Je vois un bateau qui vient m’chercher

Pour m’sortir de ce trou où je fais des trous
Des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous

Mais le bateau se taille
Et je vois que je déraille
Et je reste dans mon trou à faire des p’tits trous
Des petits trous, des petits trous, des petits trous, des petits trous

Je suis le poinçonneur des Lilas
Arts et Métiers direct par Levallois
J’en ai marre, j’en ai ma claque de ce cloaque
Je voudrais jouer la fille de l’air
Laisser ma casquette au vestiaire

Un jour viendra, j’en suis sûr
Où je pourrai m’évader dans la nature
J’partirai sur la grand route
Et coûte que coûte
Et si pour moi il est plus temps
Je partirai les pieds devant

J’fais des trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous
Des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous

Y a d’quoi devenir dingue
De quoi prendre un flingue
S’faire un trou, un p’tit trou, un dernier p’tit trou
Un p’tit trou, un p’tit trou, un dernier p’tit trou

Et on m’mettra dans un grand trou
Et j’n’entendrai plus parler de trous
Toujours des trous, des petits trous
Des petits trous, des petits trous…

Le son du silence

Salut, ténèbres, ma vieille amie,
je suis revenu te parler.
Car une vision, rampante,
a semé ses graines pendant mon sommeil.
Et cette vision, plantée dans mon esprit,
demeure encore,
au cœur du silence.

Dans des rêves agités, j’errais seul,

dans d’étroites rues pavées,
sous l’auréole d’un lampadaire.
Je relevais mon col pour me protéger du froid et de l’humidité,
quand mes yeux furent transpercés par l’éclair d’un néon
qui déchira la nuit
et effleura le silence.

Et dans cette lumière crue, je vis
des milliers de personnes, peut-être plus,
parlant sans parler, entendant sans écouter,

composant des chansons que les voix ne partageraient jamais.
Et personne n’osa
troubler le silence.

« Imbéciles », disais-je, « vous ne savez pas
que le silence, tel un cancer, se propage.
Écoutez mes paroles, que je puisse vous instruire.

Tendez-moi les bras, que je puisse vous tendre la main. »
Mais mes mots, telles des gouttes de pluie silencieuses, tombèrent
et résonnèrent dans les puits du silence.

Et le peuple s’inclina et pria
le dieu de néon qu’il avait créé.
Et l’enseigne lança son avertissement
dans les mots qu’elle formait.
Et l’enseigne disait : « Les paroles des prophètes
sont écrites sur les murs du métro
et dans les halls des immeubles,
et murmurées dans les sons du silence. »


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