
Nous n’avons jamais cessé de lutter, de résister, de refuser l’oppression et l’exploitation et nous l’avons souvent… chanté ! Combien la tradition orale nous a-t-elle fait parvenir de nos chants de vies ?
Il y a des chanteurs, socialement engagés, qui se sont penchés sur notre héritage de lutte, via les chansons, dans des coins reculés de leurs contrées. Et de récolter, le plus fidèlement possible, ces traces de notre humanité.
Les plus célèbres sont Giovanna Marini et Pier Paolo Pasolini, en Italie, Atahualpa Yupanqui et Mercedes Sosa, en Argentine, Daniel Viglietti en Uruguay (voir A desalambrar, dans la rubrique Analyses), ainsi que Violeta Parra, au Chili.
Faisons déjà une pause, avec la magnifique Gracias à la vida, écrite et chantée par Violeta Parra, en 1966 (juste avant son suicide en 1967), que Mercedes Sosa rendra célèbre :
Le courant appelé, en Amérique latine, Nueva cançion, dans les années 60-70, rejoint donc cet effort historique de notre humanité à se souvenir de sa vraie vie, dont la résistance à notre destruction, effort qui a pris mille tournures, mille appellations, mille aspects.
Respect aux camarades qui ont mis leurs vies en danger pour perpétuer la lutte et son expression chantée. Voir, par exemple, Preguntas por Puerto Montt, de Victor Jara, dans la rubrique Analyses.
Atahualpa Yupanqui déniche et compile, il y a longtemps (enregistré seulement en 1969), aux confins de la Colombie et du Venezuela, une chanson qui fera date, une berceuse, anonyme, Duerme negrito (dors, petit noir), qui fait parler une maman, esclave noire, à son fils :
La menace du « diable banc » qui va lui manger son pied, c’est le contremaître !
Et, comme d’habitude, vous en saurez plus sur cette chanson, sur ce site que nous apprécions, antiwarsongs :
https://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=41799&lang=fr
Le thème se retrouve dans une autre chanson, Angelitos negros, qui connaîtra un immense succès, à propos de laquelle vous saurez tout ici, y compris le texte :
https://musique-arabe.over-blog.com/2026/06/angelitos-negros-antonio-machin.html
Voici la version, en 1970, de Los Olimarenos, qui, eux aussi, connaîtront persécution et censure du pouvoir, en Uruguay :
Parmi les chanteurs célèbres ayant goûté à la répression étatique argentine, il y a Facundo Cabral, avec No soy de aqui, ni soy de allà, ainsi que Pedro y Pablo, avec La Marcha de la bronca, que nous avons présentées, dans la rubrique Analyses.
Ces années de plomb, sont des années de lutte et la Nueva cançion en est un écho passionnant.
Impossible cependant de ne pas critiquer le stalinisme qui, dans chaque pays d’Amérique latine, à cette époque, fera tout pour encadrer les luttes, afin de les affaiblir et les diriger vers un simple changement de personnel à la tête de l’Etat, contre la volonté de notre classe sociale de détruire l’Etat capitaliste.
Voir, à ce sujet, El pueblo unido jamas sera vencido, dans la rubrique Pamphlets.
Il y a plein de groupes ou chanteurs qui ont participé à cette mémoire collective et qui ont échappé à notre recherche. Nous invitons les lecteurs à nous mentionner telle ou telle trace chantée, pour corriger/compléter cette page sur la Nueva cançion.
Contre notre mouvement de libération, outre les forces staliniennes, il y a bien sûr les politiciens et leurs amis flics et militaires, qui ont voulu taire notre chant de libération et les instruments de musique que nous utilisons. Et c’est ainsi qu’en Grèce, l’Etat fait détruire et interdire les bouzoukis, qu’en Iran, ce sont les saz, qu’au Chili ce sont les instruments andins, tant appréciés de Violeta Parra, qu’en Afghanistan, c’est carrément toute la musique qui est interdite et pourchassée, etc., etc.
Surtout ne plus chanter la lutte, ne plus lutter, ne plus se souvenir que nous n’avons pas toujours vécus à genoux !
Tiens, un exemple récent :
https://www.ouest-france.fr/societe/faits-divers/des-instruments-de-musique-detruits-par-larmee-israelienne-dans-un-camp-de-refugies-palestiniens-3cc8e472-fd36-11f0-9ec7-95d99014da7d
Cette page ne se veut même pas un résumé de la Nueva cançion, à peine un aperçu, pour donner envie aux lecteurs de fouiller, sur le net, les nombreuses traces de cette période et de ses chants.
Hasta pronto la revolucion !
Paroles
Gracias A La Vida
Merci À La Vie
Gracias a la vida
Merci à la vie
Que me ha dado tanto
Qui m’a tant donné
Me dio dos luceros
Elle m’a donné deux étoiles
Que cuando los abro
Qui quand je les ouvre
Perfecto distingo
Distinguent parfaitement
Lo negro del blanco
Le noir du blanc
Y en el alto cielo su fondo estrellado
Et dans le ciel haut son fond étoilé
Y en las multitudes
Et dans les multitudes
El hombre que yo amo.
L’homme que j’aime
Gracias a la vida
Merci à la vie
Que me ha dado tanto
Qui m’a tant donné
Me ha dado el oído
Elle m’a donné l’ouïe
Que en todo su ancho
Que dans toute sa grandeur
Graba noche y día
Qui enregistre nuit et jour
Grillos y canarios
Criquets et canaries
Martillos, turbinas, ladridos, chubascos
Marteaux, turbines, écorces, averses
Y la voz tan tierna de mi bien amado.
Et la voix si douce de mon bien-aimé
Gracias a la vida
Merci à la vie
Que me ha dado tanto
Qui m’a tant donné
Me ha dado el sonido
Elle m’a donné le son
Y el abecedario
Et l’alphabet
Con él las palabras
Avec lui les mots
Que pienso y declaro
Que je pense et déclare
« madre, amigo, hermano »
»mère, ami, frère »
Y luz alumbrando la ruta del alma del que estoy amando
La lumière illuminant la route de l’âme de celui que j’aime
Gracias a la vida
Merci à la vie
Que me ha dado tanto
Qui m’a tant donné
Me ha dado la marcha
Elle m’a donné la marche
De mis pies cansados
De mes pieds fatigué
Con ellos anduve
Avec eux j’ai marché
Ciudades y charcos
Villes et flaques d’eau
Playas y desiertos, montañas y llanos
Plages et desert, montagnes et lac
Y la casa tuya, tu calle y tu patio.
Et ta maison, ta rue et ta cour
Gracias a la vida
Merci à la vie
Que ma ha dado tanto
Qui m’a tant donné
Me dio el corazón
Elle m’a donné le cœur
Que agita su marco
Qui agite son cadre
Cuando miro el fruto
Quand je regarde le fruit
Del cerebro humano
Du cerveau humain
Cuando miro el bueno tan lejos del malo
Quand je regarde le bien si loin du mal
Cuando miro el fondo de tus ojos claros.
Quand je regarde le fond de tes yeux clairs
Gracia a la vida
Merci à la vie
Que me ha dado tanto
Qui m’a tant donné
Me ha dado las risas
Elle m’a donné les rires
Y me ha dado el llanto
Et m’a donné les pleurs
Así yo distingo
Ainsi je le distingue
Dicha de quebranto
Dite de coupure
Los dos materiales que forman mi canto
Les deux matériels qui forment mon chant
El canto de todos que es el mismo canto
Le chant de tous qui est le même chant
El canto de todos que es mi propio canto
Le chant de tous qui est mon propre chant
¡Gracias a la vida !
¡Merci à la vie !
Duerme negrito
Dors, petit noir
Dors, dors petit garçon noir,
car ta maman est aux champs, petit garçon noir…
Dors, dors petit garçon noir,
car ta maman est aux champs, petit garçon noir…*
Elle va t’apporter des cailles,
elle va t’apporter de délicieux fruits,
elle va t’apporter du porc,
elle va t’apporter plein de choses.
Et si le petit garçon noir ne dort pas,
le diable blanc viendra
et zap ! lui mangera son petit pied,
chacapumba, chacapún… !
Dors, dors petit garçon noir,
car ta maman est aux champs, petit garçon noir…
Elle travaille,
elle travaille dur, elle travaille oui,
elle travaille et on ne la paie pas, elle travaille oui,
elle travaille et elle tousse, elle travaille oui,
elle travaille et elle est en deuil, elle travaille oui,
pour le petit garçon noir, elle travaille oui,
pour le petit garçon noir, elle travaille oui,
on ne la paie pas oui, elle tousse oui,
elle est en deuil oui, dur oui.
Dors, dors petit garçon noir,
ta mère est aux champs, petit garçon noir…