Beau comme une école qui brûle !


Depuis que l’école existe et martyrise les enfants, les abîme, formate, dégoûte, humilie, etc., il y a des résistances à l’école.

Les traces chantées sont rares et d’autant importantes.

Tentons un voyage vers ces cris du cœur contre l’oppression, l’injustice, les coups, la bêtise de l’univers scolaire.

Mais commençons par ceux qui ne vont pas à l’école, l’enfance martyrisée ou exploitée très jeune dans les bagnes industriels, les champs, les bordels, etc.

Comment peut-on faire une belle chanson avec tant de douleurs ? Comment peut-on écouter ça sans verser dans l’apitoiement, mais au contraire nourrir notre rage de ce monde marchand ?

En 1895, Jules Jouy écrit Fille d’ouvriers, qui montre que la prole ouvrière est très tôt de la chair à patron, élevée à l’école de l’usine, l’exploitation, la prostitution, la misère. Le texte nous donne à voir que, filles ou garçons, pour nos maîtres nous ne sommes que « ça », de la chair à profit ! Et, à la fin, une perspective tranchante comme une vengeance :

« Patrons, tas d’Héliogabales, d’effroi saisis/Quand vous tomberez sous nos balles/Chair à fusils/Pour que chaque chien sur vos trognes/Pisse, à l’écart/Nous leur laisserons vos charognes ! »

Rares sont les chansons qui, à l’instar de Fille d’ouvriers, décrivent la misère et la réaction humaine contre la misère. On appréciera la version de Michèle Bernard, en 2005 :

En 1897, Jehan-Rictus, avec sa Farandole des pauv’s ‘tits fanfans morts, nous rappelle que les enfants de prolos, déjà crevés à peine nés, humiliés, abîmés… « pourraient ben la r’faire à la r’biffe ». Mais, que le bourgeois se rassure, notre bonne police veille. « Ca » finira au bagne, en taule ou à l’armée.  Ricet Barrier, en 1987, a mis en musique ce poème. (Voir rubrique Analyse).

En 1969, Jean-Max Brua, avec Quand les pirates s’en iront, parle des « millions qui n’ont jamais dit non. »

                                                                         Attention Ecole !

C’est l’école qui fabrique le citoyen docile, amorphe, obéissant, travailleur, surtout travailleur. Dans cette société, l’enfance est un problème… alors les enfants, il faut les dresser, les domestiquer, les discipliner, les dompter, les humilier… les éducastrer.

Gaston Couté, poète anarchiste, mort dans la misère à 31 ans, écrit un poème en 1898, à 19 ans, L’école. Un portrait terriblement réaliste du dressage social de la jeunesse.

Les enfants rétifs, bagarreurs, désobéissants, vous savez les cancres, les graines de délinquants, à l’échine raide, il faut bien les mater… dans des maisons de redressement, des internats, des prisons. Mais dans ces lieux maudits, parfois ils se révoltent, comme en 1934 dans le bagne pour enfants de Belle-île-en-Mer. Cette mutinerie a été immortalisée par Jacques Prévert, en 1934, avec La chasse à l’enfant. Prévert aura toujours une pensée pour l’enfance maltraitée. En témoigne son poème, Le cancre, en 1945.

Les boutons dorés est une chanson écrite par Maurice Vidalin pour Jean-Jacques Debout, en 1959. Mais c’est la version de Barbara qui lui a donné son éclat.

Toutes les chansons n’appellent pas à brûler l’école. Mais beaucoup font référence à l’ennui mortel dans ces établissements. Ainsi, même la gentille Sheila, en 1963, chante et danse de joie quand, enfin, L’école est finie. Elle récidive, en 1966, en chantant que le meilleur moment de la journée, c’est L’heure de la sortie… de l’école, de l’usine ou du bourreau.

Bourrage de crâne, matraquage, formatage, etc., sont bien l’apanage du soi-disant enseignement, sous toutes les latitudes. Quelle illusion que celle de l’indépendance de l’école ! Pete Seeger, en 1963, le dénonce avec Qu’as-tu appris à l’école aujourd’hui ? Version française de Graeme Allwright, en 1968.

Ces ressentis contre l’école, quelques chanteurs de variété les ont chantés aussi. Brimades, coups, sévices… Christophe s’en souvient, en 1966, dans le sensible Excusez-moi, monsieur le professeur.

Un peu d’espoir pour tous les cancres de la part de Jacques Dutronc, avec Fais pas ci, fais pas ça. Nous sommes en 1968 et toute une jeunesse bascule dans l’affrontement au vieux monde. Revoir le film culte If, si intéressés !

En 1970, John Lennon ressent la même chose, dans le magnifique Working class hero : « As soon as you’re born they make you feel small ».

En 1972, Maxime Lefosretier dans J’m’en fous d’la France, au titre fort, regrette qu’on ait profité de son enfance pour lui faire croire à des conneries…

L’école de la République n’est pas une école de la liberté, elle est une industrie à produire du conformisme.

Leny Escudero, en 1974, chante l’école buissonnière, avec Le cancre. Fuir l’enfermement, aller courir dans les bois, découvrir l’amour, plutôt que subir la manipulation, le flicage et l’uniformisation.

Michel Fugain, en 1975, fustige lui aussi l’obéissance aveugle au Maître tout-puissant et omniscient avec Dis oui au maître. Relire Le maître ignorant, de Jacques Rancière, si intéressés !

Petit détour chez nos amis Anglais avec le fameux Another Brick in the Wall, de Pink Floyd, en 1979. Il faut savoir que les châtiments corporels ont été admis jusqu’au 21ème siècle, dans ce beau pays. Des millions de gens se sont reconnus dans cette dénonciation. Le clip officiel est très class !

Etudiant poil aux dents de Renaud, en 1981, s’attaque aux perspectives universitaires bourgeoises qui vont nous pourrir la vie. Et c’est vrai que les futurs gestionnaires de notre misère passent par cet univers fait pour eux. Plutôt poète !

Gilbert Lafaille, en 1996, nous soumet à quelques piquantes Interrrogations écrites.

En 2003, Tryo, dans Récréation, s’enrage : « Allez faut qu’les parents bossent pendant qu’la police s’occupe de leurs gosses« .

Des nombreux rappeurs traitant du sujet scolaire, Keny Arkana, en 2009, chante L’usine à adulte qui rappelle  « que leur enseignement est formaté ».

Punk not dead, avec les Sales Majestés, en 2010, qui accusent carrément l’école de tous leurs déboires ultérieurs, avec C’est pas ma faute.

En 2011, Stupeflip prend fait et cause pour les enfants dans Le spleen des petits.

Une conclusion ? Difficile de ne pas aller directement à la racine des choses et détruire toute cette société qui nous détruit… l’école en premier, puis les prisons, les usines, les parlements, les casernes, les banques, etc. C’est ce que préconise, en 2000, Piloophaz, avec son radical Brûle ton ékole. Sic !

Et puis, cerise sur le gâteau, un document à déguster, écrit en 1975 par Jules Celma et lu par Philippe Noiret :

 


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