Le soldat de Marsala


Les paroles et la musique de cette chanson sont de Gustave Nadaud. La date reste imprécise, dans les années 1860 en tout cas, ce que l’on sait c’est qu’elle a été aussitôt interdite en France.

Cette chanson est une véritable scène de cinéma : nous voyons l’action, parfaitement décrite, nous sommes aux premières loges de ce drame.

L’histoire se passe en 1860, lors de l’expédition dite des Mille de Garibaldi, en Sicile. Garibaldi a une réputation de libérateur que les gauchistes lui ont construite. En fait, c’est un chef de guerre comme les autres. Les gauchistes aiment voir en lui le réalisateur des « tâches démocratiques bourgeoises », républicaines, nationalistes, correspondant en fait au développement du capital. Pourquoi refuser alors ce titre à un Bismarck, qui a, lui, unifié l’Allemagne grâce à la guerre ? Les prolétaires étaient autant dans la misère avant l’unification de l’Italie qu’après. Garibaldi a d’ailleurs passé une grande partie de sa vie à réprimer des soulèvements populaires. Bref, encore un qui a une réputation usurpée !

Le soldat de Marsala n’est peut-être pas un chant révolutionnaire, mais il met en avant, avec émotion, l’inhumanité du capitalisme, dont la guerre contre nous est quotidienne, mais qui a besoin régulièrement de guerre ouverte, nations contre nations, pour éliminer du surplus ! Le soldat de Marsala est devenu un pilier du répertoire pacifiste  dont le refrain fera date et qui sera repris depuis lors tel quel : « Que maudite soit la guerre ! »

Pas étonnant que tant de chanteurs l’aient mis à leur répertoire, Marc Ogeret, Francesca Solleville, Gilles Elbaz, Serge-Utgé Royo, etc., et tant de chorales de chants de lutte.

S’il devait y avoir une morale à cette chanson, c’est de lutter avant qu’il ne soit trop tard, mais l’humanité est faite ainsi qu’il faut qu’elle souffre beaucoup avant de réagir ! Voir Déserteurs  dans la rubrique Divers.

Formidable empathie de Nadaud pour ce jeune homme, tueur par accident (chance ou adresse), qu’il arrive si bien à nous faire partager.

Ecoutons la version de Marc Ogeret, en 1980… avec, pourquoi pas, un verre de Marsala !


Paroles

Nous étions au nombre de mille
Venus d’Italie et d’ailleurs
Garibaldi, dans la Sicile
Nous conduisait en tirailleurs
J’étais un jour seul dans la plaine
Quand je trouve en face de moi
Un soldat de vingt ans à peine
Qui portait les couleurs du roi
Je vois son fusil se rabattre
C’était son droit, j’arme le mien
Il fait quatre pas, j’en fais quatre
Il vise mal, je vise bien.

Ah! Que maudite soit la guerre
Qui fait faire de ces coups-là
Qu’on verse dans mon verre
Le vin de Marsala!

Il fit demi-tour sur lui-même.
Pourquoi diable m’a-t-il raté?
Pauvre garçon! il était blême
Vers lui je me précipitai.
Ah! je ne chantais pas victoire
Mais je lui demandai pardon
Il avait soif, je le fis boire
D’un trait il vida mon bidon.
Puis je l’appuyai contre un arbre
Et j’essuyai son front glacé.
Son front sentait déjà le marbre
S’il pouvait n’être que blessé…

Ah! Que maudite soit la guerre
Qui fait faire de ces coups-là
Qu’on verse dans mon verre
Le vin de Marsala!

Je voulus panser sa blessure
J’ouvris son uniforme blanc
La balle, sans éclaboussure
Avait passé du cœur au flanc.
Entre le drap et la chemise
Je vis le portrait en couleurs
D’une femme vieille et bien mise
Qui souriait avec douceur.
Depuis, j’ai vécu Dieu sait comme,
Mais tant que cela doit durer
Je verrai mourir le jeune homme
Et la bonne dame pleurer.

Ah! Que maudite soit la guerre
Qui fait faire de ces coups-là!
Qu’on emporte mon verre!
C’était à Marsala.

 


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Le soldat de Marsala

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