Mutins de 1917


L’année 1917 commence bien, la révolution en Russie galvanisant les espoirs d’un prolétariat laminé par trois ans de guerre. En France, au printemps, 60% des divisions françaises se mutinent, tandis qu’à Paris, à moins de cent kilomètres, il y a cent mille grévistes. Ni chair à canon, ni chair à patron! Il s’en est fallu de peu que les deux mouvements se rejoignent.

Une chanson célèbre sortira de l’horreur des tranchées, La chanson de Craonne.

On connaît la suite, la répression, les fusillés « pour l’exemple », la terreur réimposée…

Jacques Debronckart écrit, en 1967, Mutins de 1917, mettant à l’honneur ces soldats désobéissant aux ordres de l’état-major. La chanson dénonce la réécriture incessante de notre histoire réelle, faite de souffrances et de luttes, au profit d’une version dysneylandisée. Elle sera interdite dès sa sortie.

Même en 1967, il fallait un certain courage pour parler des mutins de la mer Noire, de ceux du Chemin des Dames et cracher sur le patriotisme.

Il faut savoir qu’il y a eu sans cesse des mouvements de désertion, de mutineries, de sabotages, depuis août 1914. A combien chiffrer les fusillés « pour l’exemple », ou abattus sans sommation par leurs officiers ? Des milliers ? On n’en parle jamais…

Tous les mutins, de 1914 à 1918, de toujours et de partout, de toutes les armées, ont notre respect. Leurs actes éclairent nos vies, nous encouragent à refuser, résister, nous associer… à l’instar de Louis Lecoin qui a payé de douze années d’emprisonnement son sabotage de la conscription, en prélude à la guerre 14-18. En octobre 1912, avec ses camarades de la Fédération communiste anarchiste, il popularise, par voie d’affiches et de tracts, le mot d’ordre : « Aujourd’hui insoumis, demain réfractaire, plus tard déserteur ».


Paroles

Vous n’êtes pas aux Monuments aux Morts
Vous n’êtes même plus dans les mémoires
Comme vos compagnons de la Mer Noire :
Vous êtes morts et deux fois morts
A vos petits enfants l’on ne répète
Jamais comment finit leur grand-papa :
Il y a des choses dont on ne parle pas
Mutins de mille neuf cent dix-sept

Sur votre dos, les Joffre et les Nivelle
Faisaient carrière dans les états-majors
Leur humeur décidait de votre sort :
Aujourd’hui qui se le rappelle ?
Au lieu de s’emmerder en garnison
Au lieu de piétiner au même grade
C’était le temps béni de l’empoignade
Vous parlez d’une belle occasion…

Vous aviez fait tant d’assauts inutiles
Juste pour corser le communiqué
Vous vous sentiez tellement cocufiés
Tellement pris pour des imbéciles
Que vous avez voulu que ça s’arrête
Cet abattoir tenu par la patrie
Cette nationale charcuterie
Mutins de mille neuf cent dix-sept

Avant l’attaque arrivaient les cercueils
Et vous coupiez votre pain sur leurs planches
Tout juste si le crêpe à votre manche
N’annonçait votre propre deuil
Par malheur, la France n’était pas prête
Se révolter lui paraissait énorme
Elle bavait encore devant l’uniforme
Mutins de mille neuf cent dix-sept

L’Histoire vous a jetés dans ses égouts
Cachant sous les flots de ses Marseillaises
Qu’une bonne moitié de l’armée française
Brûlait de faire comme vous
Un jour, sortirez-vous des oubliettes ?
Un jour verrons-nous gagner votre cause ?
J’en doute, à voir le train où vont les choses
Mutins de mille neuf cent dix-sept
Mutins de mille neuf cent dix-sept

 


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Mutins de 1917

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