Beau comme une prison qui brûle !


Marius Jacob

Il existe de multiples chansons de prisons, bagnes, camps de concentration, pontons,  galères, etc. Tout le monde connait Dans les prisons de Nantes, anonyme du 17ème siècle, A Biribi, d’Aristide Bruant (1891) ou House of the rising sun, à l’origine incertaine et aux multiples versions.

Tentons d’en découvrir de moins connues, sachant qu’on ne fera pas le tour de la question. Cette rubrique sera agrémentée à mesure d’autres découvertes.

Quelques traces :

En 1969, les Quatre Barbus sortent un 33T intitulé Chants de galères, bagnes et prisons, avec des perles rares comme Clairvaux, et des chansons introuvables ailleurs.

Deux CD, publiés par L’Insomniaque, traitent le sujet, La belle, en 2000, et celui qui accompagne l’ouvrage Goualantes de la Villette et d’ailleurs, en 2017.

Le titre Beau comme une prison qui brûle nous vient de l’ouvrage de Julius Van Daal, édité par L’Insomniaque, en 2010, qui décrit une insurrection à Londres, en 1780. L’attaque de prisons y tient une place de choix.

Titre éponyme et esprit identique, en 2015, d’un ouvrage de Kyou, qui décrit la mise à sac et l’incendie, le 16 avril 1988, de la prison d’Ensisheim.

La question du rapport entre dedans et dehors est développée dans la chanson de Dominique Grange, La voix des prisons, en 2005, qui prend comme exemple la vague de mutineries dans les prisons françaises, en 1972, initiée par celle de Toul, en décembre 1971. «  Mais dehors ou derrière les grilles/La misère a le même goût/Révoltés des prisons-bastilles/Tous ceux qui luttent sont avec vous »:

En 1974, François Béranger chante Les prisons, contre l’univers carcéral, dont celui de Fleury-Mérogis, vantée comme moderne à l’époque grâce à son électrification totale.

Trust, en 1980, chante le désespoir de ceux qui se retrouvent au Mitard.

Elizabeth, en 1998, avec Saint-Maur, 1992, parle avec sensibilité d’une évasion ratée. Heureusement, en 2000, Dupain chante lui, en occitan, une ancienne évasion réussie, avec Lei Presonniers. Gainsbourg, en 1967, vante aussi l’évasion dans La chanson du forçat. Même AC/DC, en 1984, avec Jailbreak, propose de fuir ces lieux de calamité !

En 1971, le duo Ennio Moricone/Joan Baez fait passer les aventures carcérales de Sacco et Vanzetti à la postérité. Ces deux anarchistes étaient coupables de lutter pour un monde meilleur et de militer ardemment pour sa venue.

La même année, une mutinerie éclate à la prison d’Attica (Etat de New York), suite à l’assassinat de Georges Jakson [1]. L’un des initiateurs de la révolte est Sam Melville, militant des Weather Underground. Lors de l’assaut final, l’armée massacra tout le monde, gardiens et détenus, faisant 39 tués. Dès 1972, quelques musiciens rendent hommage aux révoltés, dont John Lennon, avec Attica State, et Arshie Shep, avec Attica blues.

Un site incontournable sur le bagne de Cayenne :

https://www.imagesplus.fr/Chansons-du-bagne_a275.html

S’y trouve en particulier une remarquable chanson de Jean Marceline, Cayenne, ainsi que Merde à Vauban, de Léo Ferré, Jean Fagot, etc.

Parmi les chants de bagnards, il y a La complainte du galérien, anonyme du 18ème siècle… mais surtout ce poignant chant russe, chanté par le chœur Yuri Semionov, en 1930 : Хор Ю.Семёнова Помню, помню, помню я (Je me souviens) :

Il existe une version française, édulcorée, intitulée Le galérien.

En Grèce, Mikis Theodorakis, emprisonné (et torturé) trois ans sous l’occupation allemande, puis trois ans dans l’immédiat après-guerre, puis trois ans sous le régime des colonels… compose, en 1970, avec George Moustaki, Imaste dio (Nous sommes deux).

Et maintenant une chanson de vengeance, en calabrais, Oh, Nero Nero.

Une pensée pour Léonard Peltier, en prison aux Etats-Unis, depuis 1975, innocent de ce dont on l’accuse, mais… indien, ayant résisté à une attaque du FBI sur sa réserve, les armes à la main, pour défendre sa communauté.

Une pensée pour les innombrables anonymes emprisonnés, de partout et de toujours, otages d’une société sans cœur. Non pas que nous prônions un capitalisme sans prison, ce n’est pas possible, mais son abolition s’accompagnera inévitablement de la destruction de toutes les prisons !

Une dernière pensée pour nos frères animaux, enfermés dans des zoos ou des delphinariums pour prolétaires touristiqués, aux millions autres torturés dans les batteries ; pour les végétaux, réduits au diktat de Monsanto et consorts ; pour tout ce qui vit sur terre soumis à la loi du profit… d’une infime minorité.

Libérons-nous, camarades, libérons-nous collectivement, avec tout l’amour violent de la Vie, de la révolution.

[1] Lire Les Frères de Soledad (1970).


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