Gilets jaunes


 

Nous considérons le mouvement dit des Gilets jaunes, comme très important. Il a tellement été dit de conneries sur ce mouvement qu’il est difficile de s’y reconnaître. Mais, après tout, c’est le lot de toutes les luttes d’être traînées dans la boue.

Commençons tout de suite avec la chanson emblématique des Gilets jaunes, au refrain scandé mille fois, à cœur déployé, Même si Macron ne veut pas, nous on est là :

« On est là/Même si Macron ne veut pas/ Nous on est là/Pour l’honneur des travailleurs/Et pour un monde meilleur/On est là… »

Démarré le 17 novembre 2018, ce mouvement a drainé un nombre considérable d’insatisfaits dont beaucoup n’étaient pas habitués à manifester extérieurement leur rage. C’est l’originalité du mouvement. Hommes et femmes mélangés, malgré la tentative du féminisme de séparer les manifestants en proposant, contre la réalité du mouvement, des manifs « hommes non admis », ont développé des axes de lutte que la gauche, l’extrême et l’ultragauche ont tout de suite rejetés comme impurs !

Dans Révolution Internationale du 10 mars 2019, le Courant Communiste International (qui n’a de communiste que la prétention) résume la position de tous ces intellectuels : « Le combat des Gilets Jaunes n’appartient pas à la lutte de classe du prolétariat ! La bourgeoisie utilise le mouvement des gilets jaunes contre la classe ouvrière. »

Les Gilets jaunes ont réinventé d’autres façons de lutter. Un exemple : 60% des radars ont été endommagés. Les prolétaires savent bien où est leur ennemi, qui bénéficie de leurs efforts quotidiens. Les taxes autoroutières rapportent un milliard d’euros par an à une poignée de capitalistes. Attaquer le capital au portefeuille, voilà une perspective de grande classe !

En 2011, HK & les Saltimbanks chantaient On lâche rien, qui a fait fureur chez les Gilets jaunes :

A partir du moment où l’on reconnait l’ensemble du mouvement comme une expression très forte de la lutte de classe, on peut commencer à en reconnaître les forces et les faiblesses.

Le mouvement a surpris par sa massivité, sa radicalité, sa durée… et sa créativité ! Nous allons explorer cette dernière dimension, avec l’incroyable inventivité des chansons détournées des grands tubes de la variétoche française, dont nous allons parsemer ce texte.

En 2017, avant le début des festivités, retenons deux chansons prémonitoires, Casse-toi tu pues et marche, Macron, sur l’air de Marche à l’ombre, de Renaud (avant qu’il n’embrasse les flics… pouah !) et Macron des Sales Majestés.

Et puis, à l’automne 2018, la lutte démarre et on chante Manu, chanson pour Macron, sur l’air de Manu, de Renaud (encore lui !) :

Le fait de focaliser sur Macron est compréhensible, mais amène au mot d’ordre trompeur  « Macron démission ! », sachant que la bourgeoisie est suffisamment souple pour remplacer un connard par un autre.

Nous ne nous arrêterons pas aux chanteurs et leur conviction politique, non, juste les chansons et leur contenu. Les lecteurs feront le tri selon leurs avis.

La chanson La présidence de la république crache sur la mascarade politicienne, avec une vision juste de la réalité : « Les lobbies sont tellement nombreux/Et si je ne joue pas leur jeu/Ils me fustigent. »

Intéressant le livre des Pinçon-Charlot, La violence des riches (La Découverte, 2013), qui rentre dans l’intimité de nos maîtres et leurs magouilles innombrables et vicieuses. Même si le capital est fondamentalement un système impersonnel… il est personnifié. Derrière cracher sur les riches, les bourgeois, les nantis, les profiteurs, etc., nous voyons un rejet du système basé sur les inégalités sociales. Au Liban, en Roumanie et en France, en particulier, le ras-le-bol de la corruption au pouvoir a été un des moteurs de la contestation.

Apprécions le montage de La Corrida, sur l’air de la chanson éponyme de Francis Cabrel :

Le 21 décembre 2018, un groupe nommé La Révolution En Marche distribue un tract à quelques sorties de métro, à Paris, qui dit clairement que nous ne sommes pas dupes de leurs magouilles et qui affirme : « Et il n’est plus question de se laisser diviser
par le faux clivage « casseurs » vs « pacifistes
 ». Tract qu’on peut lire plus bas, en annexe 1.

En effet le mouvement a produit une auto-défense qui dépasse les dits black-blocs, dont il n’est pas question de se désolidariser. Répétons-le, la première violence vient de ce système brutal, inhumain.

Une des chansons les plus célèbres a sans conteste été Les Gueux, sur l’air de la chanson Mon vieux de Daniel Guichard :

La multitude des manifestants, au fil des semaines, c’est ce que certains appellent le peuple, d’autres le prolétariat, en tout cas des gens qu’on ne voit jamais. Les invisibles, les oubliés. Non, les élus ne représentent pas nos intérêts, ils nous roulent dans la farine, ils gèrent le capital, ils mentent tout le temps, comme dans la chanson de Massilia sound système, Tout le monde ment : « Le gouvernement ment énormément. »

Même thème que Bilar développe avec Gouverne-ment.

Nous sommes méprisés à longueur de vie, mais quand on sort dans la rue, qu’on occupe les carrefours, qu’on fout le bordel, qu’on s’associe, se renforce, dénonce, refuse, etc., on est plus fort et l’on voit que « l’interlocuteur social », comme ils disent, ben, c’est les flics !

Autre chanson très chouette, Macron nous prend pour des cons, sur l’air de Quand on est con, de Brassens :

Lors des manifs de plus en plus radicales, de plus en plus enragées, il n’était pas rare que les journaflics soient jetés hors de la manif, pas uniquement ceux de BFM, unanimement haïs. C’est normal, ils passent leur temps à espérer que « le mouvement s’essouffle ! » Le mouvement a été plus fort que la presse aux ordres, dont celle d’extrême-gauche, aimant répéter que le mouvement « est détourné par l’extrême-droite ». C’est faux évidemment. Nous avons vu aussi les manifestants faire le ménage et jeter les fachos hors des manifs. A ce propos, lisons un texte intéressant d’Antonin Bernanos, antérieur au mouvement GJ, mais qui garde sa validité. Peu nous importe que ces camarades se nomment « antifascistes », ce qui est une faiblesse, c’est leur pratique qui compte :

https://paris-luttes.info/sur-les-gilets-jaunes-l-etat-et-le-12695

La pratique des groupes activistes d’extrême-droite rejoint celle du service d’ordre de la CGT, contre les ouvriers désobéissants. Ainsi, Martinez, chef de la CGT, s’est fait jeter de la manif du 1er mai 2019. Les camarades se souvenaient peut-être que la CGT a proposé son SO pour protéger les manifestants des « black-blocs » ! Syndicats, flics du patronat !

Dans un document, daté du 6 décembre 2018, les syndicats CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, FSU donnent un coup de brosse sur la légitimité de la lutte… qu’ils ont été contraints de suivre (en traînant la patte), mais ne dénoncent pas la violence du système et des flics, non, ce sont les Gilets jaunes qui sont violents !

El loco donne sa réponse, un peu hard, mais compréhensible, dans Black-bloc :

Le groupe FRT avec Gilets jaunes, ainsi que D1ST1 avec le même titre développent la même idée. Ces deux groupes avec Bilar ont fait aussi un autre rap puissant, La Guerre, qui met en avant la solidarité et la détermination de tous les combattants, ainsi que la volonté d’en découdre, contre l’idéologie pacifiste. Énormément de personnes en sont venues à dire: s’il n’y avait pas les black-blocs, rien ne bougerait. Personne n’a pleuré sur l’incendie du restaurant de luxe!

Et maintenant un autre rap qui nous vient de Belgique, Gilets jaunes, on bloque tout :

“Gilets jaunes, on bloque tout” : un rap bruxellois fait le buzz en France

Le mouvement Gilets jaunes n’a, fondamentalement, pas mis en avant un changement de personnel à la tête de l’Etat, malgré certaines revendications allant dans ce sens. Lisons un texte de certains camarades de Toulouse, ci-dessous en annexe 2, très critique de la mascarade démocratique et son cirque électoral, publié le 21 mai 2019.

A la même époque le Collectif Gilets jaunes Rungis sortait un tract qui disait entre autre : « On le dit depuis le début du mouvement : on ne veut pas de changement de personnel politique, on ne veut pas remplacer Macron par Le Pen ou Mélenchon ou qui que ce soit. On veut autre chose. On n’a pas besoin de chef, de leader, on ne veut pas de représentants, de pantins opportunistes-carriéristes pour fonder un nouveau parti. On le dit depuis le début : notre mouvement se situe hors de la politique institutionnelle, hors des partis, des syndicats, nous ne voulons pas devenir des « partenaires sociaux » du pouvoir qui ne servent qu’à conforter l’image démocratique du système et préserver l’ordre établi. »

La parodie de Stromae Tous les mêmes renvoie dos à dos tous les politicards, tous les richards, ce qui rejoint le fameux mot d’ordre sud-américain que se vayan todos ! (qu’ils s’en aillent tous). N’oublions pas que Marine et Mélanchon ont dénoncé, quasi le même jour la « violence » des manifestants!

Une pensée pour Coluche :

« La gauche est achetée par Moscou, mais la droite est à jeter par la fenêtre! »

« La différence entre les oiseaux et les politiciens, c’est que les oiseaux s’arrêtent de voler parfois. »

Même critique, plus argumentée, de camarades de Caen, dans ce tract daté du 20 décembre 2018, qu’on peut lire en annexe 3.

La présence de beaucoup de retraités dans le mouvement est à noter. Quel cynisme de la part du pouvoir de laisser les aînés dans le besoin, voire la misère déguisée pour beaucoup… ou franche pour d’autres. Le dit seuil de pauvreté, c’est eux qui le décident, qui nous l’imposent. Ils nous ont habitués à nous serrer la ceinture et beaucoup de vieux prolétaires se suffisent des miettes jetées par les possédants… et tout à coup, ils sortent dans la rue et gueulent leur colère. Un autre tract à lire à ce propos, Banzaï !, en annexe 4.

La chanson Président Maquereau n’y va pas de main morte :

Le groupe Guerre de classe (autistici.org/tridnivalka), dans les numéros 9 et 10, consacrés exclusivement au mouvement Gilets jaunes, publie des textes de diverses sources : Rouen dans la rue, Matière et révolution, 19h17.info, Nosotros.proletarios, le journal Jaune, l’Appel des Gilets jaunes de l’est parisien, Exploités NRV 31, Gilets jaunes Poitiers, ACTA, Des Gilets jaunes parisiens, Les Gilets jaunes du rond-point du Campanile, GARAP, Des Gilets jaunes toulousains, Collectif Gilets jaunes Rungis Ile-de-France, Les Gilets jaunes de Place des Fêtes… et quelques chansons, dont Chanson d Edith Piaf sauce gilet jaune :

Tino Rossi a inspiré la chanson qui pose la bonne question : Macron = Père Noël des riches ??? et l’air de Bella ciao la parodie au texte un peu limité Macron ciao.

Il y a eu une incroyable inventivité aussi au niveau des Mots d’ordre, inscrits sur les gilets, sur les pancartes, sur les murs, partout. On peut se procurer une grande partie de cette créativité en consultant le collectif Plein le dos, https://pleinledos.org/.

On ne pourra pas mentionner la multitude de parodies chantées contre l’Etat français. En vrac, retenons : Monsieur Seby avec La chanson pour Edouard, Charlie et Styl’O avec L’actu en parodie, Jo le Gilet jaune avec On vient te chercher, Kendji Girac avec Pour oublier, Hervé Tirefort avec Le gilet qui fait non, sur l’air de la Poupée qui fait non, de Michel Polnareff, Marguerite avec Les Gentils, les méchants sur l’air de la chanson éponyme de Michel Fugain, Antonin avec Enfile ton gilet, Paco avec GJ, Rouler les français dans la farine, sur l’air d’Alain Souchon (l’auteur de la belle Foule sentimentale) L’Amour à la machine, Toi, le premier de cordée, sur l’air de Mon amour, mon ami de Marie Laforet, et bien d’autres.

En annexe 5, on peut lire un tract anonyme, publié à Paris, en 2019.

En 2019, deux vagues de lutte mondiale rejoignent le mouvement Gilets jaunes en France. L’une au printemps, l’autre en automne. Les combattants du monde entier faisaient de plus en plus référence aux autres luttes, tissant patiemment un linceul mondial au capital. Cette dimension directement internationaliste est à relever.

Avant d’en finir avec le vieux monde, écoutons l’une des plus importantes chansons des Gilets jaunes Tout autour du rond-point, au contenu très fort, sur l’air de Dans le port d’Amsterdam, de Jacques Brel, dont on peut lire le texte en annexe 6:

Une partie du texte répond à ceux qui sont obnubilés par l’extrême-droite : « La France, c’est du discours/Au service d’un empire/Elle trahira toujours/Il faut s’attendre au pire/La France c’est une entrave/Entre les prolétaires/Comme si l’esclavage/S’arrêtait aux frontières. »


Annexe 1 :

Merci Macron

Tu as poussé si loin l’arrogance des politiciens
qu’on est des centaines de milliers à bloquer les rues et les routes.

Et il n’est plus question de se laisser mener
par des partis, des chefs ou des représentants, quels qu’ils soient.

Tu as poussé si loin la violence de la répression
qu’on est des dizaines de milliers déter à résister physiquement s’il le faut.
Et il n’est plus question de se laisser diviser
par le faux clivage « casseurs » vs « pacifistes ».

Tu as poussé si loin le mépris de classe de la bourgeoisie
que des millions de prolétarisés se découvrent
une conscience de classe et une force collective.

Et ensemble il n’est plus question d’accepter de se serrer la ceinture
pour engraisser les riches.

Vous avez poussé si loin l’exhibition obscène du luxe
dans lequel vous vous pavanez
qu’on ne veut plus de vos miettes, de vos mesurettes bidon
et encore moins de vos leçons de morale.
Il n’est plus question de revendiquer ni de négocier,
mais de renverser le pouvoir du fric.

Ne compte pas sur l’essoufflement du mouvement, on ne s’arrêtera pas.
On se retrouvera sur le terrain des luttes sociales, des luttes antiracistes,
des luttes antisexistes, des luttes contre toute forme de domination…
On continuera jusqu’à ce qu’on vous dégage tous,
tous les politiciens, les bourges et tous ceux qui comme toi veulent
nous diriger, nous pressurer, nous fliquer la vie.

Rassure-toi, tu vois, tes collègues ne valent pas mieux.
Encore merci et surtout ne change rien, on s’en charge
Grâce à toi, bientôt nous serons des millions
Grâce à toi, la révolution est en marche.

La Révolution En Marche


Annexe 2 :

GJ Appel national : Dimanche 26 mai, dans la rue pendant les élections

Publié le 21 mai 2019

Suite à l’assemblée des assemblées de Saint-Nazaire, des Gilets jaunes toulousains lancent un appel national à prendre la rue de toutes les grandes villes le jour des élections européennes !

Suite à l’invitation de l’assemblée des assemblées de Saint-Nazaire pour l’action et la mobilisation lors des élections européennes, nous appelons à une convergence régionale afin de prendre la rue pendant la mascarade électorale, dimanche 26 mai, dans toutes les grandes villes : là où sont concentrés la plupart des bureaux de vote.

Pour toutes celles et tous ceux qui ne peuvent pas aller à la manifestation internationale à Bruxelles, nous appelons à rejoindre les grandes villes les plus proches, à constituer des cortèges, et à prendre la rue.

Toutes les élections sont des impasses, le mouvement le sait depuis le début : nous avons su éviter tous les pièges qui nous ont été tendus (cooptation par le gouvernement, désignation de représentants, récupération par les partis ou les syndicats, division entre bons et mauvais GJ, etc.). Nous ne tomberons plus jamais dans le piège de l’élection qui n’a rien d’une procédure démocratique, mais qui ne sert qu’à asseoir le pouvoir de celles et ceux qui disposent d’un appareil de parti, d’un capital social et financier énorme, de relais dans la presse, etc. et certainement pas à servir les intérêts de « ceux qui ne sont rien ».

Car l’État sert l’économie, et pas l’inverse ! Il est le bras armé qui protège les intérêts de ceux qui font fortune avec le commerce de nos moyens de subsistance (manger, se loger, s’habiller, se déplacer, se soigner, s’éduquer). Il est à la solde des entreprises multinationales qui n’ont que faire de la vie et de ce qu’on en pense. Leur seul but étant de s’enrichir en nous exploitant à travers le travail salarié, en nous rendant malades à travers un travail pénible qui n’a pas de sens et en polluant et détruisant la planète. Aucune décision politique ne pourra donc renverser l’économie, car l’économie est le projet politique de tout État moderne : celui de discipliner les comportements pour rendre chaque instant, chaque fait et geste productif, rentables et contrôlables. Et aucun élu, aucun parlement, ne pourra s’y opposer réellement. Souvenons-nous de la Grèce et de l’humiliation qu’elle a subie lorsqu’elle a osé croire qu’un gouvernement élu pourrait lutter contre la Banque centrale européenne et le FMI ! Le peuple grec a été saigné et le gouvernement élu, malgré toutes ses bonnes volontés, s’est fait humilier et est rentré dans le rang (mesures d’austérité, etc.).

Nous actons donc que la vraie politique, celle que nous menons depuis maintenant 6 mois, commence par le blocage et l’attaque directe de l’économie.

Ce 26 mai, nous posons donc un acte : la mascarade électorale est terminée. Nous n’y participerons plus. Et au-delà, nous ne laisserons plus tranquillement se dérouler ces moments de propagandes massives qui n’ont pour visée que de justifier l’ordre établi et de lui fournir une légitimité qui n’est qu’un mensonge.

Nous ne voulons ni élections ni représentants. Nous ne voulons plus être gouvernés. Nous ne voulons plus être « représentés ». Nous ne voulons pas prendre le pouvoir, nous ne voulons pas « plus » de pouvoir, nous voulons destituer le pouvoir. Et à sa place, nous incarnerons la politique directement, sans intermédiaires ni bureaux de vote. La sagesse populaire, les organisations ouvrières et militantes, les occupations des ronds-points ont développé d’autres formes politiques (assemblées, mandat impératif et révocable, rotation des tâches, conseils ouvriers, etc.). Par les blocages, par les occupations, par les manifs jaunes, etc., nous continuerons à lutter contre l’économie qui nous enchaîne et à occuper l’espace « public » afin de continuer à reprendre nos vies en main. Les élections sont annulées.

Autonomie matérielle et politique !

Des Gilets jaunes toulousains.

Steve, assassiné en juin 2019, par la police à Nantes.


Annexe 3 :

C’est la canaille ? Eh bien j’en suis !

« C’est la canaille ? Eh bien j’en suis », vieille chanson révolutionnaire.

Depuis un mois, un vent de colère souffle en Métropole, mais aussi en Belgique et à La Réunion. Gilets jaunes, lycéens et lycéennes, et autres révolté-es ont redonné de la force aux exploité-es en bloquant les flux, en fermant les centres commerciaux, en détruisant un peu du monde qui nous broie chaque jour, en affrontant les forces de l’ordre, et en refusant majoritairement les chefs et autres porte-paroles. Pour la première fois depuis très longtemps – trop longtemps – les dirigeants et dirigeantes ont reculé et lâché quelques miettes. Maintenant que nous avons repris confiance en notre force, il nous faut continuer et enfoncer le clou.

Longtemps, nous sommes quelqu’un-e-s à être resté-e-s sur la réserve au début de ce mouvement. Et nous le sommes parfois encore. Si tout mouvement comporte des contradictions, celui-ci en charrie des irréconciliables.

Dans des tas d’endroits, on a vu la présence de l’extrême-droite être tolérée, alors qu’en plus d’être raciste, elle s’est toujours alliée au Capital et aux pouvoirs. Sur les barrages nous avons vu également des exploité-e-s et des patron-ne-s main dans la main comme si nous partagions les mêmes intérêts. Nous avons vu des drapeaux tricolores et entendu chanter la Marseillaise, comme si nous devions défendre la Nation, celle-là-même qui exclut, exploite, pille et assassine ici et également à travers le monde. Et ça nous a bien fait chier que des  »lascars » se fassent jeter du rond-point d’Ifs le 17 novembre.

En même temps, le refus des porte-paroles et des organisations politiques et syndicales, la détermination et les pratiques de blocage de l’économie, le fait pour une part du mouvement d’assumer des actions illégales, ou encore le refus des conditions de survie et de précarité dans lequel le capitalisme nous maintient, raisonnent avec

nos aspirations de longue date. C’est sur ces bases que nous nous associons à ce mouvement, tout en assumant de combattre ses aspects les plus merdiques.

Les discours sur les « casseurs » et « pilleurs » participent d’une fiction policière visant à rompre les solidarités entre les révolté-es. Les « casseurs » sont des gens révoltés, qui ont souvent une certaine expérience de la répression sous toutes ses formes et ont conscience que la lutte est un combat. La violence quotidienne du

capitalisme et de l’Etat est bien plus forte que toutes les violences qui ont eu lieu pendant ce mouvement. Il y a bien plus de violence dans la marchandise abritée derrière une vitrine, que dans le fait de la briser : de l’exploitation et de la violence nécessaires à sa production, jusqu’au monde qu’il a fallu bâtir et qu’il faut maintenir pour qu’elles continuent d’exister. D’ailleurs, les médias parlent beaucoup des « casseurs », mais rarement de la répression des flics et des juges, qui protègent cet ordre injuste et inégalitaire. Maintenir l’ordre, c’est maintenir le monde tel qu’il est. A Caen comme ailleurs, il y a déjà eu de nombreux blessés, dont un par un tir de flashball au visage. Il y a déjà eu de nombreuses interpellations et des gens qui croupissent en taule. Nous tenterons pour notre part de marquer notre solidarité et nous espérons ne pas être seul-es.

Emeutes et pillages sont des outils de lutte tout à fait légitimes, au même titre que les blocages économiques. Il nous faudra bien assumer la violence nécessaire, comme dans toutes les luttes qui ont fragilisé un tant soit peu l’ordre existant. Et c’est bien en partie parce que le tiroir caisse a été touché que le gouvernement a commencé à lâcher quelques miettes. On ne fait pas tomber un système de plusieurs siècles à coups de référendums ou de manifs… Un référendum ne pèse de toute façon pas lourd face à un pavé !

Le racisme et les nations servent à diviser les pauvres pour qu’ils et elles se fassent la guerre entre elles et eux, au profit des fractions dirigeantes. Il en a toujours été ainsi. Ce n’est pas en achetant français qu’on stoppe l’exploitation. Comme si le patron qui n’exporte pas ne profitait pas, lui aussi, du travail des autres. Le nationalisme, c’est ce qui veut faire croire qu’il y aurait des intérêts communs à tout le monde, pauvres et

précaires comme riches et dirigeant-es. La société n’est pas homogène. Nous avons plus en commun avec n’importe quel-le révolté-e ici ou à l’autre bout de la planète, quelle que soit sa couleur de peau, qu’avec n’importe quel-le patron-ne ou gouvernant-e. Les soudanais exilés qui essaient de rejoindre l’Angleterre ont par exemple fui leur pays, pour la plupart, après s’être révoltés comme nous le faisons nous-mêmes aujourd’hui ici. Fuyant une dictature, ils sont comme nous – et bien davantage que nous – des exploités, devenus superflus pour le système économique mondial. Ce ne sont pas des ennemis. C’est tout l’inverse. Il existe d’autres stratégies de division et d’illusions à se défaire pour monter d’un cran dans la lutte. C’est le cas non seulement des discours patriotards et des dissociations avec les révolté-es les plus déterminé-es, mais aussi de certains propos autour des profiteurs et profiteuses du chômage et des minimas sociaux. On ne profite pas de grand-chose avec 400 balles de RSA. Il n’y a de toute façon pas de travail pour tout le monde, à un moment où même les cadres se font remplacer par des robots. Et qui se satisfait de sa condition de travailleur ou travailleuse, brisé par les nouvelles formes de management, dépouillé de sa vie et de ses réels désirs, condamné à bosser pour se payer une voiture qu’il faut bien avoir pour aller bosser, et ainsi de suite. Il nous faut nous libérer des chaînes du travail.

De la même manière, il n’y a pas de solutions politiques à la colère sociale. La 6ème République, les référendums citoyens, le Parti des gilets jaunes, etc., sont des illusions pour maintenir à terme le même ordre social. La rentrée opportuniste des directions syndicales n’est d’ailleurs pas une bonne nouvelle. Les mêmes qui nous ont balladées

de manifs en manifs depuis des années sont d’ores et déjà en train de négocier à notre place. Ce que ces bureaucrates visent, c’est pour eux le maintien de leur propre pouvoir, et pour nous le maintien de la galère. La solution est dans la rue, par l’auto-organisation au sein de groupes affinitaires ou dans des assemblées regroupant les gens en lutte dans nos boîtes, nos bahuts, nos quartiers et nos villages. Elire des députés

« citoyens », c’est mettre en place une nouvelle caste politique qui ne tardera pas à devenir aussi corrompue que la précédente. Le pouvoir corrompt. C’est pourquoi ce qui doit être visé est une société sans dirigeants ni dirigés.

localapache@riseup.net

localapachecaen.wordpress.com

Des canailles du mouvement


Annexe 4 :

Banzaï ! par Gilles et John

Une retraite au « minimum vieillesse » écrasée par les taxes est déjà une raison suffisante pour justifier notre participation à la révolte des Gilets jaunes. L’arrogance et le cynisme à la Marie-Antoinette avec lesquels cette révolte est reçue sont d’autres bonnes raisons. L’espoir de pouvoir contribuer à construire un jour une société plus vivable en est encore une autre, essentielle.

Mais nous n’avons pas d’illusions, surtout pas celle d’être « entendus » par le roitelet et ses majordomes. Nous pensons bien qu’un gouvernement qui fait des funérailles nationales à de riches exilés fiscaux continuera à écraser sa « plèbe » de taxes pour financer ce genre d’agapes et autres « frais de représentation » et aussi pour payer les polices et autres bureaucraties qui permettent de réprimer cette « plèbe » quand elle se met en colère.

Mais notre révolte n’est pas seulement contre ce gouvernement. Elle est contre le système qu’il soutient. C’est le « ras le bol » d’être taillable et corvéable à merci. Nous savons bien qu’il faudra plus que quelques aménagements pour en finir avec ce système qui nous asservit et nous pressure, avec cette domination vampirique dont les taxes sont une tentacule et la pollution une autre (L’écologie devenant ainsi l’ultime argument de la pompe à fric). Nous n’avons pas la naïveté de croire que l’État, quels que soient ses « timoniers », pourrait devenir équitable sans que cesse cette domination et cette exploitation. L’état est le bras armé de cette domination. Toutes ses lois ont pour fonction d’empêcher la moindre contestation, d’écraser la moindre révolte. Et elles ne cessent d’être renforcées sous prétexte d’anti-terrorisme. Espérer se faire « entendre » gentiment dans ces conditions c’est se condamner d’emblée à la défaite.

Ce n’est pas non plus l’élection d’un « homme fort » ou d’une femme grande gueule (Même si le sinistre de l’intérieur a offert à l’une d’elle l’occasion de se poser en héroïne de la révolte en l’accusant d’être responsable de la « sédition ») qui résoudront le problème. Donner le pouvoir à des ploutocrates prétendument anti système (alors qu’ils en croquent copieusement depuis des décennies) est une solution de lâche qui refuse de prendre ses affaires en main. C’est l’abdication par les urnes de ce qui serait une véritable souveraineté populaire, dont l’actuelle révolte signifie la volonté de retour en se dissociant des politicards de tous bords.

La haine anti-migrants, le racisme et la xénophobie vers lesquels ces démagogues essaient de divertir la colère, servent essentiellement à faire oublier que leurs programmes de gouvernement sont les mêmes que ceux du système qu’ils prétendent combattre : Tout pour les patrons du Cac 40 et les oligarques, rien pour ceux sur le dos desquels ils se nourrissent. N’en déplaise aux excitateurs de haine, migrants et français « de souche » ont les mêmes ennemis. Non, les migrants et autres sans-papiers ne sont pas ces privilégiés que dépeignent les caricatures « identitaires ». Les privilégiés, les nouveaux aristocrates, ce sont les 1% des rois du business et leur valetaille ministérielle.

Pas plus que par l’enfumage macronien, cette révolte ne doit se laisser dévoyer par les roublards qui veulent faire Führer.

Ce qui fait la force de cette révolte, c’est précisément ce que les « analystes » médiatiques désignent comme sa faiblesse : son refus de se laisser formater pour rentrer dans le moule de négociations huilées, son refus de se laisser déposséder de ses exigences. Ce mouvement ne pourra progresser en se transformant en nouveau parti avec leaders galonnés, graines de bureaucrates « négociateurs » patentés, mais en renforçant son auto-organisation et le contrôle de ceux qui parlent en son nom, en affirmant toutes ses exigences et se montrant déterminé à les faire aboutir par tous les moyens adéquats.

L’État peut lâcher des miettes, nous le savons, mais des miettes ne font pas un pain. Et nous avons très faim.

Gilles et John.

1er décembre 2018.


Annexe 5 :

Gilet-Jaune : es-tu citoyen ?

Le citoyen vote.
Le député fait la loi. Le flic la fait respecter.
Le juge punit qui ne la respecte pas.
Le propriétaire s’enrichit sur ta fatigue.
Le père de famille te met dans le droit chemin.
Et pour te faire avaler tout ça, les journalistes te refourguent
des scoops E-X-C-L-U-S-I-F-S, les intellectuels pensent à ta place,
les blouses blanches te filent des médocs.
Mais c’est logique : c’est leur métier. Et toi qui es citoyen,
tu votes aussi pour ça.

Tu as beau invoquer le PEUPLE, la FRANCE, ils ne sont que des concepts, des mots qui te font accepter l’ennui quo­tidien, l’horreur partout, la France, c’est la colonisation, les guerres, les massacres, les frontières…

Et paradoxalement, quand tu sors de chez toi en colère contre le gouvernement, tu brandis ce drapeau français, tu chantes cette bonne vieille marseillaise.

Tu fais ce qu’on aimerait que tu fasses : couper une branche de l’arbre, porter fièrement le tronc.

Or, les racines sont pourries depuis bien longtemps : De Gaulle, Mitterrand ou Macron, c’est le même État, le même contrôle sur nos vies.

Le président change, les flics restent. Car il en faut bien quelques uns pour maintenir l’ordre en place :

protéger les propriétaires et leurs biens,

mettre les réfractaires au travail ou en cellules.

Alors quand le flic te gaze ou te matraque, il est comique de crier que tu es citoyen, français, démocrate ou républicain. Car c’est cette même démocratie qui t’insulte et te condamne. Celle-là même qui traque les sans-papiers après avoir pillé les terres aux quatre coins de la planète.

Car pour celle qui n’a pas le bon bout de papier ni assez de billets dans la poche, c’est les frontières partout, les rafles, la prison, le ra­cisme. En bref, la violence des regards et des matraques.
Et pas si loin d’ici, comme à Vincennes,
les Centres de Rétention administratif.
Tant qu’il y aura des papiers et de l’argent, il n’y en aura jamais assez pour tout le monde. Mais toujours suffisamment
pour nous faire courir derrière.
Le problème, c’est pas l’immigration, c’est les États.
Le problème, c’est pas Macron, c’est la démocratie.
Le problème, c’est pas la fin du mois, c’est l’argent.
L’autorité sera toujours ennemi de la liberté.
De la tienne, de la nôtre.
Crève la France, vive la révolution !


Annexe 6 :

Tout autour du rond point
Y a des femmes et des hommes
Qui portent un gilet jaune
Et qui bloquent le rond point
Tout autour du rond point,
On a mis des pancartes
Qui crient on n’a plus rien,
Pas écrites comme un tract
Sur le sol du rond point
Il y a une femme qui meurt
Dans le premier matin
L’effroi et la fureur
Mais autour du rond point,
On a rien remballé,
On a rien retiré,
Et on ne lâchera rien.

Tout autour du rond point
On parle de la galère
De s’chauffer en hiver,
Et vivement le printemps,
Et les courses d’Auchan
Qui nous coûte une fortune
Comme si c’était la lune,
De nourrir ses enfants
Et puis y a c’qui nous tue
Ces boulots qu’on vomit,
Quand tu pense que Marie,
Sa retraite suffit plus,
A soixante quatorze ans,
Elle distribue des pubs,
Y en a bien trois mètre cube,
On lui paie qu’un quart temps

C’est vrai qu’sur le rond point,
Y a un drapeau d’la France,
Tu crois qu’c’est une défense
En ces temps incertains
En même temps cette France,
Nous l’a bien matraqué,
Et d’puis l’ temps des tranchées
Elle trahit not’ confiance,
La France, c’est du discours,
Au service d’un empire,
Elle trahira toujours
Il faut s’attendre au pire,
La France c’est une entrave
Entre les prolétaires,
Comme si l’esclavage,
S’arrêtait aux frontières

En partant du rond point,
On a rejoint la grève,
La grève qui soulève,
La grève qui rend fort,
On est plus des milliers,
A bloquer des ronds-points
Nous sommes des millions,
Plus rien ne nous retient,
Nous avons pris les ports,
Et nous tenons la rue,
Le pouvoir s’évapore,
Il ne nous effraie plus,
Et à l’assaut du ciel,
On salue les étoiles,
Et on rit, et on pleure,
A la grève éternelle
En partant du rond point
En partant du rond point…


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