Ya rayah


Ya rayah est un chant de tristesse. Comme Arrête mal palé, traité récemment dans cette même rubrique, le ton de la chanson n’est pas venimeux, vindicatif ou dénonciateur, comme on le trouve (à juste titre) dans Lettre à la République de Kery James, par exemple.

Non, juste une immense amertume.

Comme Arrête mal palé la chanson est entraînante, dansante et ajoute au texte une note exotique, nostalgique. On danse sur Ya rayah et on oublie un peu le quotidien, l’usine, les flics, les Français racistes, la misère, les privations, le quotidien rude. On danse comme survolant la bassesse du monde. On danse avec les autres, renouant avec ce si peu de communauté… qui n’existe pas plus au pays qu’ici, en métropole, où il fait toujours froid, dans ces cités laides et brutes, au milieu de ces autres étrangers…

Mais ne sommes-nous pas tous des étrangers au capitalisme ? Qui, réellement, s’y retrouve dans ce monde de merde ? A part les bourgeois et leurs laquais d’artistes ?

Aux sceptiques qui vont dire : exagération, caricature… nous conseillons la lecture de Tête de turc, de Günter Wallraff, en 1985.

Dans ce site, nous creusons ces sillons de notre misère, et semons la révolte, en la chantant, la dansant s’il le faut. Jeunes pousses vivaces ou vieux plants rabougris nous tentons de rester vivants.

Dahmane El Harrachi  » Ya rayah « 

Abderrahmane Amrani, alias Dahmane El Harrachi puise dans son vécu pour écrire cette chanson, en 1973. Le monde connaît probablement plus la version médiatisée de Rachid Taha, en 1997. On songe au trajet semblable de Lili Boniche ou de Cesària Evora qui, tous deux, ont aussi goûté à la saveur de l’exil. On écoute Ya rayah et on peut danser :

Et puis, en cadeau, une version qui explose les frontières :


Paroles

Ya Rayah – Oh, émigrant

Ya rayah win msafar trouh taâya wa twali
Ch’hal nadmou laâbad el ghaflin qablak ou qabli

Oh émigrant où vas-tu? Finalement, tu dois revenir
Combien de gens ignorants ont regretté cela avant toi et moi

Chhal cheft al bouldan laamrine wa lber al khali
Chhal dhiyaat wqat chhal tzid mazal ou t’khali
Ya lghayeb fi bled ennas chhal taaya ma tadjri
Tzid waad el qoudra wala zmane wenta ma tedri

Combien de pays surpeuplés et de terres vides as-tu vu?
Combien de temps as-tu perdu?
Combien en as-tu encore à perdre?
Oh émigré dans le pays des autres
Sais-tu seulement ce qui se passe?
Le destin et le temps suivent leur cours, mais tu l’ignores

Aalach qalbek hzine waalach hakdha ki zawali
Matdoum achadda wila tzid taalem ou tabni
Maydoumou layyam walay doum seghrek ou seghri
Ya hlilou meskine li ghab saadou ki zahri

Pourquoi ton cœur est si triste?
Et pourquoi restes-tu là misérable?
Les difficultés prendront fin et tu n’as plus à apprendre ou construire quoi que ce soit
Les jours ne durent pas, tout comme ta jeunesse et la mienne
Oh pauvre garçon qui a raté sa chance tel que j’ai manqué la mienne

Ya msafer naatik oussaayti addiha el bakri
Chouf ma yeslah bik qbal ma tbia ou ma techri
Ya nnayem djani khabrek ma sralek ma srali
Hakdha rad el qalb bel djbine sabhane el aali

Oh voyageur, je te donne un conseil à suivre tout de suite
Vois ce qui est dans ton intérêt avant que tu ne vendes ou achètes
Oh dormeur, tes nouvelles me parvenaient
Et ce qui t’est arrivé m’est arrivé
Ainsi, le cœur revient à son créateur, le plus Grand.

 


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