Camions


Gérard Delahaye produit l’album Le Grand Cerf-volant, en 1976, dans lequel il y a deux chansons très sympas.

La première, Camions, nous emmène sur les routes et les autoroutes du capitalisme et son indispensable circulation des marchandises et des capitaux. Saisissante chanson qui, au passage, rappelle que « l’argent, c’est le nerf de la guerre ». Il faut savoir que le choix de ce moyen de transport est le plus dommageable pour l’environnement, que des alternatives moins chères, plus sûres, mais moins rapides, existent, comme l’utilisation des canaux… mais alors, le « just in time » en prendrait un coup. Mais peut-on changer un aspect du capitalisme et conserver les autres ? Un capitalisme à visage humain ? Ce n’est pas sur ce site qu’on trouvera une réponse positive à cette question ! Allez, en route avec Camions :

L’autre, franche critique sociale, Le blues du pauvre, conseille aux enfants, aux adolescents, de se battre pour Vivre, pour refuser le chemin froid et sec que le vieux monde leur imposera. Il faudra bien se débrouiller pour manger, oui, mais comme le garçon de la chanson, qu’ils n’oublient pas « que mon rêve à moi c’était d’être chevalier… »

Comment comprendre le ton désespéré de la fin de la chanson ? Nous ressentons tous la dureté de la société et la solitude de ceux qui ont un cœur grand comme ça. Nous savons aussi que presque toute sa carrière Gérard Delahaye l’a consacrée aux enfants. Il s’est battu contre le chacun-pour-soi, le tous-contre-tous et n’a cessé de distiller, avec sa sensibilité, une perspective de vie.

Gérard Delahaye, que ses parents destinaient à la carrière militaire, en réchappa et sort, en 2003, sur l’album Kan Tri, Le soldat d’Algérie, d’essence antimilitariste, qui dénonce les va-t-en-guerres, galonnés de salon qui envoient les jeunes hommes tuer ou se faire tuer. Les paroles, simples et poignantes, sonnent juste. « Malheur à ceux qui envoient à la guerre/Des pauvres gens contre des pauvres gens. » On l’écoute sur notre site préféré, antiwarsongs.org :

https://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=40228&lang=fr

Gérard a écrit d’autres chansons contre la guerre, comme Le petit soldat, par exemple. Nous vous conseillons le film La bataille d’Alger, de Gillo Pontecorvo, en 1966. Voir Indochine-Vietnam : Bring the war home !, dans la rubrique Divers, où nous effleurons la période de la guerre d’Algérie.


Paroles

Le blues du pauvre

On m’a descendu à la cave où on m’a brûlé les yeux
Coupé les mains et fendu le crâne en deux
Quand je suis rentré chez ma mère, je n’avais plus de cerveau
Elle m’a dit « Mon Dieu, mon fils, comme tu es beau »
Maintenant que t’es bien propre tu pourras être amiral
Professeur ou contremaître à l’arsenal
Comme on m’avait coupé la langue j’ai pas voulu protester
Que mon rêve à moi c’était d’être chevalier

On est comme des abeilles noyées dans un pot de miel
Un oiseau qui serait perdu au bout du ciel

Et un matin de septembre sont venus trois soldats casqués
Les yeux morts et le cerveau bien astiqué
Ils m’ont mis dans leur machine à laver tous les pêchés
En un clin d’œil y’avait plus de trace de saletés
Plus un brin de cette folie qui m’avait fait dessiner
Des locomotives avec des pieds palmés
Ils m’ont trituré le crâne avec un marteau-piqueur
Quand je suis sorti de là j’avais mal au bonheur

Et j’étais comme une abeille noyée dans un pot de miel
Un oiseau qui serait perdu au bout du ciel

Ils m’ont appris que pour les nègres les youpins les rats les bicots
La corde pour les pendre c’est déjà beaucoup trop
Qu’il faut se méfier des autres que c’est tous des salopards
Dès que tu tournes le dos ils te flanquent un coup de poignard
Que les femmes sont des salopes avec un trou pour baiser
Qu’il faut leur sauter dessus et se barrer vite fait
Mais qu’un jour je trouverai celle qu’aurait tout gardé pour moi
Et je lui ferai des gosses pour faire comme mon papa

Et ils seraient comme des abeilles noyées dans un pot de miel
Un oiseau qui serait perdu au bout du ciel

J’ai connu des vierges sages qui pour vivre décemment
Allaient placer leur pucelage à dix pour cent
Guernica côté en bourse, les banquiers ont le cœur gros
Si la guerre s’arrête c’est la fin de leur magot
Le grand maître sert la pogne à ceux qui ramassent ses saletés
Et se lave les mains pour pas être contaminé
Voyez là-bas sur les vagues, tout au bout de l’océan
Les poètes monter en croupe des présidents

Est-ce qu’ils sont comme des abeilles noyées dans un pot de miel
Un oiseau qui serait perdu au bout du ciel

Le bon dieu qu’a fait la terre c’était un sacré salaud
Et je comprends qu’il ait envie de rester là-haut
Dans un coffre fort en Suisse il à planqué son pognon
Pour engraisser les pupilles de la nation
Tout le monde tue et tout le monde triche
Tout le monde bouffe et goinfre et mange
Y’a que les fous et les morts qui fassent pas semblant
Et si en rentrant dans ta chambre tu vas chialer un bon coup
Dis-toi que t’es tout seul et que tout le monde s’en fout
Et si en rentrant dans ta chambre tu vas chialer un bon coup
Dis-toi que t’es tout seul et que tout le monde s’en fout

 


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