Vive la Commune !


En France, le 19ème siècle a connu plusieurs moments révolutionnaires très intenses. Entamé avec la dite révolution française, à partir de 1789 (dont le puissant mouvement insurrectionnel à St-Domingue, à partir de 1791)… ce cycle s’est poursuivi avec la lutte des Canuts à Lyon, en 1831 et 1834, continué par Février et Juin 1848, avec un renouveau des grèves et affrontements vers la fin des années 1860. Des chansons parsèment ces épisodes glorieux. Concentrons-nous sur ce qui va clore ce siècle de luttes, la Commune de Paris. Nous ne ferons pas le tour de toute la bande son de cette formidable lutte révolutionnaire, en 1870-71, à Paris. Revisitons les principales chansons qui nous sont parvenues.

L’une d’elles avait eu énormément de succès, annonçant les révoltes de 1848, Du pain, que Pierre Dupont avait écrite en 1847 et dont le refrain disait : « On n’arrête pas le murmure/Du peuple, quand il dit : J’ai faim/Car c’est le cri de la nature/Il faut du pain ! Il faut du pain ! »

Il y a une autre célèbre chanson, écrite en 1863 par Alexis Bouvier, C’est la canaille, dont le refrain est fièrement repris, de siècles en siècles, par tous ceux qui veulent en finir avec le vieux monde : « C’est la canaille, hé bien, j’en suis ! », revendiquant l’insulte dont nous traitent les possédants quand on se révolte. Une petite ombre patriotique de merde, au dernier couplet, obscurcit un peu la chanson. Dommage. Ecoutons Francesca Solleville nous la chanter:

Le temps des cerises, est écrite en 1866 par Jean-Baptiste Clément. Elle sera interdite, après la Commune, quand les communards l’auront adoptée comme chant d’espoir pour des temps meilleurs.

Les miséreux sont impatients d’en découdre. Eugène Pottier, en 1870, exprime leur sentiment, avec Quand viendra-t-elle ? « Ha, je l’attends, je l’attends/L’attendrai-je encore longtemps ? »

Hé bien non, puisque quelques semaines plus tard « la belle » fait un grand pas en avant.

Le mouvement de contestation radicale de l’ordre établi commence réellement en janvier 1870. Une solution mainte fois éprouvée par la bourgeoisie pour casser un mouvement ascendant… c’est la guerre, avec son cortège de morts, de misère, de patriotisme. C’est ce que fera Napoléon III, en juillet 1870, en déclarant la guerre à l’Allemagne.

Mais la guerre ça ne marche pas. Le mouvement révolutionnaire est trop fort. Au cours de l’été 1870, il y a des émeutes, des barricades, en province comme à Paris, où les manifestants saccagent la Bourse le 6 août, etc.

En Allemagne aussi il y a des mouvements contre la guerre. Une chanson anonyme de cette époque en témoigne, Ich bin Soldat, que nous connaissons grâce au groupe allemand, Zupfgeigenhansel. Ce chant donne de surprenantes perspectives internationalistes : « Retournons dans nos pays/Et libérons nos peuples des tyrans/Car seuls les tyrans doivent faire des guerres/Soldat de la liberté je veux être volontiers. »

Une chanson nous parle du drapeau que notre classe sociale a planté historiquement sur ses nombreuses luttes, Le drapeau Rouge, écrite par Paul Brousse en 1877. Le stalinisme a kidnappé ce symbole, ce drapeau rouge, comme il l’a fait avec toutes les expressions de notre lutte, dont les chansons, pour imposer le capitalisme… repeint en rouge !

Toutes les guerres n’amènent pas à la révolution. Une chanson anonyme (probablement du 18ème siècle)  Le déserteur, montre que le vrai ennemi du prolétariat, c’est sa propre bourgeoisie qui organise l’exploitation, la misère et la guerre : « Il a tiré sur les gendarmes de son pays/Il a tué sans une larme ses ennemis ». La seule alternative à la guerre c’est le défaitisme révolutionnaire.
Voir Déserteurs dans la rubrique Divers.

L’insurgé, écrite par Eugène Pottier vers 1880, montre que l’arme de la critique (Marx, Bakounine et d’autres) est complémentaire de la critique par les armes. Cette chanson est aussi une référence à Auguste Blanqui, qui toute sa vie s’est battu contre le capitalisme et qui le paiera de trente-cinq années d’enfermement.

Le mouvement insurrectionnel de 1870-71 est écrasé en mai 1871, lors de la semaine sanglante.

Le Capitaine « Au mur », écrite par Jean-Baptiste Clément en 1872, décrit les innombrables fusillades de ces jours tragiques.

La semaine sanglante, écrite par Jean-Baptiste Clément en 1871, décrit l’horreur de cette semaine et des deux mois de terreur blanche qui suivirent.

En mai-juin, Eugène Pottier se cache des tueurs versaillais et en profite pour écrire L’internationale, donnant une formidable perspective à l’humanité. Ce chant est vraiment sorti des tripes de la révolution et des millions de travailleurs en lutte en ont fait leur hymne, partout dans le monde… également confisqué par le stalinisme.

La Commune est vaincue, soit. Nos frères ont laissé environ 30.000 cadavres, massacrés pour le fric, le pouvoir et l’oppression. La contre-révolution s’exprime aussi chez certains célèbres écrivains, qui sont enseignés à longueur d’années, en France. Se sont franchement opposés à la Commune : Georges Sand, Flaubert, Leconte de Lisle, Anatole France, Renan, etc., la palme revenant à l’adorateur de la misère Emile Zola.

Mais la révolution n’est jamais totalement écrasée. Les chansons sont là pour nous rappeler nos luttes mais aussi pour donner des perspectives, tirer des leçons, recommencer l’ouvrage. C’est pourquoi l’infatigable Jean-Baptiste Clément écrit, en 1884, Aux loups, véritable document qui dénonce les manigances de la classe dominante, ainsi que le mythe républicain : « Il faut payer l’air qu’on respire/Payer, payer, toujours payer/On gruge comme sous l’empire/Le paysan et l’ouvrier/Et quand l’ouvrage manque/C’est du plomb qu’on nous flanque… Eh ohé les gens de chez nous/Au loup, au loup.» Voir Aux loups dans la rubrique Analyses.

Eugène Pottier écrit, lui,  en 1886, Elle n’est pas morte.

La lutte de classe ne s’arrêtera qu’avec l’abolissement du capitalisme. Vers la fin des années 1880, quelques révolutionnaires se reprennent et tentent d’insuffler une autre dynamique que la résignation, consécutive aux massacres de mai 1871. Ils se nomment souvent anarchistes-communistes.

Trois chanson d’esprit communard voient le jour : en 1886, Sébastien Faure, avec La Révolte, Jules Jouy, avec Le tombeau des fusillés, en 1887, et Charles d’Avray, en 1901, avec Le triomphe de l’anarchie : « Tu veux bâtir des cités idéales/Détruis d’abord les monstruosités /Gouvernement, caserne, cathédrale/Qui sont pour nous autant d’absurdités. »

La Commune de Paris résonnera dans le monde entier dans chaque cœur en résistance, en lutte, en révolution. En 1968, Jean-Edouard Barbe écrit Versaillais, Versaillais : « Versaillais, Versaillais/Vous avez fusillé le cœur d’une révolution/Vous l’avez jetée en prison/Mais il reste à Paris, l’esprit des insurgés. »

Vive la Commune !


Paroles

La canaille

Dans la vieille cité française
Existe une race de fer
Dont l’âme comme une fournaise
A de son feu bronzé la chair.
Tous ses fils naissent sur la paille,
Pour palais ils n’ont qu’un taudis. C’est la canaille, et bien j’en suis.

Ce n’est pas le pilier du bagne,
C’est l’honnête homme dont la main
Par la plume ou le marteau
Gagne en suant son morceau de pain.
C’est le père enfin qui travaille
Des jours et quelques fois des nuits. C’est la canaille, et bien j’en suis.

C’est l’artiste, c’est le bohème
Qui sans souffler rime rêveur,
Un sonnet à celle qu’il aime
Trompant l’estomac par le cœur.
C’est à crédit qu’il fait ripaille
Qu’il loge et qu’il a des habits. C’est la canaille, et bien j’en suis.

C’est l’homme à la face terreuse,
Au corps maigre, à l’œil de hibou,
Au bras de fer, à main nerveuse,
Qui sort d’on ne sait où,
Toujours avec esprit vous raille
Se riant de votre mépris. C’est la canaille, et bien j’en suis.

C’est l’enfant que la destinée
Force à rejeter ses haillons
Quand sonne sa vingtième année,
Pour entrer dans vos bataillons.
Chair à canon de la bataille,
Toujours il succombe sans cris. C’est la canaille, et bien j’en suis.

Ils fredonnaient la Marseillaise,
Nos pères les vieux vagabonds
Attaquant en 93 les bastilles
Dont les canons
Défendaient la muraille
Que d’étrangleurs ont dit depuis C’est la canaille, et bien j’en suis.

Les uns travaillent par la plume,
Le front dégarni de cheveux
Les autres martèlent l’enclume
Et se saoulent pour être heureux,
Car la misère en sa tenaille
Fait saigner leurs flancs amaigris. C’est la canaille, et bien j’en suis.

Enfin c’est une armée immense
Vêtue en haillons, en sabots
Mais qu’aujourd’hui la France
Appelle sous ses drapeaux
On les verra dans la mitraille,
Ils feront dire aux ennemis : C’est la canaille, et bien j’en suis.


Ich bin Soldat.

Ich bin Soldat, doch bin ich es nicht gerne,
Als ich es ward, hat man mich nicht gefragt.
Man riss mich fort, hinein in die Kaserne,
Gefangen ward ich, wie ein Wild gejagt.
Ja, von der Heimat, von des Liebchens Herzen
Musst’ ich hinweg, und von der Freunde Kreis.
Denk ich daran, fühl’ ich der Wehmut Schmerzen,
Fühl’ in der Brust des Zornes Glut so heiß.

Ich bin Soldat, doch nur mit Widerstreben,
Ich lieb ihn nicht, den blauen Königsrock.
Ich lieb es nicht, das blut’ge Waffenleben,
Mich zu verteid’gen, wär’ genug ein Stock.
O sagt mir an, wozu braucht ihr Soldaten?
Ein jedes Volk liebt Ruh’ und Frieden nur.
Allein aus Herrschsucht und dem Volk zum Schaden
Lasst ihr zertreten, ach, die gold’ne Flur!

Ich bin Soldat, muss Tag und Nacht marschieren,
Statt an der Arbeit muss ich Posten steh’n,
Statt in der Freiheit muss ich salutieren
Und muss den Hochmut frecher Burschen seh’n.
Und geht’s ins Feld, so muss ich Brüder morden,
Von denen keiner mir zuleid was tat,
Dafür als Krüppel trag’ ich Band und Orden,
Und hungernd ruf ich dann: Ich war Soldat!

Ihr Brüder all’, ob Deutsche, ob Franzosen,
Ob Ungarn, Dänen, ob vom Niederland,
Ob grün, ob rot, ob blau, ob weiß die Hosen,
Gebt euch statt Blei zum Gruß die Bruderhand!
Auf, lasst zur Heimat uns zurückmarschieren,
Von den Tyrannen unser Volk befrei’n,
Denn nur Tyrannen müssen Kriege führen,
Soldat der Freiheit will ich gerne sein.

Je suis soldat.

Je suis soldat, mais pas volontiers
Pour le devenir, on ne m’a pas demandé mon avis
On m’a arraché et jeté dans la caserne
J’étais prisonnier, chassé comme un gibier
Oui, mon pays natal, le cœur de ma chérie
J’ai du quitter, et le cercle de mes amis
Quand j’y pense, je ressens la douleur de la mélancolie
Je ressens dans la poitrine la braise si brûlante de la colère.

Je suis soldat, mais seulement par contrainte
Je ne l’aime pas la tunique bleue royale
Je ne l’aime pas la vie sanglante des armes
Pour me défendre j’avais assez de mon bâton
Oh, dis-moi à quoi leur servent ces soldats ?
Les peuples n’aiment que le calme et la paix.
Seule leur soif de pouvoir et des dégâts au peuple
Les font détruire les champs d’or !

Je suis soldat, je dois marcher jour et nuit
Au lieu de travailler, je dois monter la garde
En guise de liberté, je dois saluer
Et je dois voir l’orgueil des sales types
Et sur les champs de bataille tuer mes frères
Qui ne m’avaient rien fait
Pour cela comme un invalide je porte ruban et décoration
Et affamé je crie alors : j’étais soldat!

A vous tous, frères : allemands, français
Hongrois,  danois ou hollandais
Au pantalon vert, rouge, bleu ou blanc
Donnez-vous une main fraternelle plutôt que du plomb
Retournons dans nos pays
Et libérons nos peuples des tyrans
Car seuls les tyrans doivent faire des guerres
Soldat de la liberté je veux être volontiers.


Versaillais, Versaillais

 

L’hiver 71, c’est l’hiver du chaos
L’hiver de la défaite devant les Pruscos
L’hiver de la souffrance et l’hiver de la faim
L’hiver des collabos, des faux républicains
Il commence à fleurir des cocardes écarlates
Et bientôt dans la rue, le cri du peuple éclate.

Versaillais, Versaillais,
Vous avez fusillé le cœur d’une révolution
Vous l’avez jetée en prison
Mais il reste à Paris, l’esprit des insurgés.

Un matin tout Paris entre en insurrection
Et Paris doit lutter contre la réaction
Etudiants, ouvriers, armez vos chassepots
Du haut des barricades agitez vos drapeaux
Agitez vos drapeaux, qu’les versaillais canonnent
Agitez un mouchoir rouge du sang d’un homme.

Versaillais, Versaillais,
Vous avez fusillé le cœur d’une révolution
Vous l’avez jetée en prison
Mais il reste à Paris, l’esprit des insurgés.

Avec la cruauté d’une bête sauvage
Thiers a tué la Commune en un rouge carnage
Derrière les tombes et les croix d’un cimetière
A 10 contre 200 les révolutionnaires
Les derniers fédérés contre un mur sont tombés
Ne murmurant qu’un mot, le mot fraternité.

Versaillais, Versaillais,
Vous avez fusillé le cœur d’une révolution
Vous l’avez jetée en prison
Mais il reste à Paris, l’esprit des insurgés.

 


Like it? Share with your friends!

0

Vive la Commune !

log in

reset password

Back to
log in