Giroflé-Girofla


Rosa Holt écrit cette chanson, à 53 ans, juste avant de mourir, en 1935. Fuyant l’Allemagne se nazifiant, elle vivait à Paris et est enterrée au Père-Lachaise. Pour la musique de sa chanson, Rosa à utilisé celle d’une comptine enfantine éponyme, au demeurant stupide ! Le musicien Henri Goubier fils ne fera qu’harmoniser cette magnifique Giroflé-Girofla.

Car le paradoxe est là, sur un air doux, les paroles décrivent un futur atroce. L’époque est au désarroi, c’est pourquoi pour masquer l’horreur du 14-18 récent et avant la prochaine boucherie, l’Etat invente une soi-disant période de plaisirs, appelée Années folles ! Pour les bourgeois, certainement, mais tous les autres ?

Si vous relisez Tout fout le camp dans la rubrique Analyses, vous verrez que Rosa Holt n’était pas la seule à pressentir l’horreur à venir.

Tous les sites qui parlent de cette chanson et son auteure mentionnent « poétesse allemande antinazie », répétant le prêt-à-penser médiatico-démocratico-occidental. Loin de nous l’idée de minimiser les atrocités nazies, mais celles de l’URSS, des USA, des Alliés, etc., sont autant destructrices. Le pire de deux camps c’est d’en choisir un ! Giroflé-Girofla est une chanson contre les horreurs de la guerre, de toutes les guerres.

La fin de la chanson nous interroge : « Et tout ça pour rien. » La guerre a une fonction et une utilité pour le capitalisme. Il n’y a pas de fatalité, de coup du sort, les guerres sont préparées, prévues, organisées, rentabilisées, etc. Et effectivement, la chanson a raison, l’Etat cible tous ceux qui s’opposent à ses manigances, quelle que soit le lieu et la période.

Giroflé-Girofla nous met du côté des victimes de ce monde inhumain. L’avertissement de Rosa Holt ne sera évidemment pas reçu. Que cela ne nous empêche pas d’admirer sa démarche, sa volonté de dénoncer la guerre et d’en faire une chanson. Rosalie Dubois en donne une belle version :


Paroles

Que tu as la maison douce
Giroflée Girofla
L’herbe y croît, les fleurs y poussent
Le printemps est là.
Dans la nuit qui devient rousse
Giroflée Girofla
L’avion la brûlera.

Que tu as de beaux champs d’orge
Giroflée Girofla
Ton grenier de fruits regorge
L’abondance est là.
Entends-tu souffler la forge
Giroflée Girofla
L’ canon les fauchera.

Que tu as de belles filles
Giroflée Girofla
Dans leurs yeux où la joie brille
L’amour descendra.
Dans la plaine on se fusille
Giroflée Girofla
L’ soldat les violera.

Que tes fils sont forts et tendres
Giroflée Girofla
Ca fait plaisir d’ les entendre
A qui chantera.
Dans huit jours on va t’ les prendre
Giroflée Girofla
L’ corbeau les mangera.

Tant qu’y aura des militaires
Soit ton fils soit le mien
Y n’ pourra y avoir sur terre
Pas grand-chose de bien.
On te tuera pour te faire taire
Par derrière comme un chien
Et tout ça pour rien.

 


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Giroflé-Girofla

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