J’m’en fous de la France


 

Affiche de mai 68.

Quel titre incroyable! Vous vous rendez compte : j’m’en fous d’la France! Difficile aujourd’hui de publier un tel titre. Rassurez-vous, elle est beaucoup moins connue que l’inoffensive San Francisco

Maxime Le Forestier commence par se faire renvoyer du lycée en 1965 pour indiscipline, ce qui est un signe de bonne santé. Fils de 68, comme beaucoup de jeunes contemporains, il tente de survivre dans ce monde de brutes. Son parcours compliqué au service militaire lui inspire, en 1972, Parachutiste, qui sera bien sûr censuré.

Souvenons-nous qu’un fort courant antimilitariste existait encore dans les années ‘60-‘70, en France. Réécoutons, entre autres, les curieuses chansons d’Antoine, en 1966, La guerre et Pourquoi ces canons, et des Sunlights, en 1967, Ne joue pas au soldat.

Tout est social. La chanson J’m’en fous d’la France est une expression de ce que pensaient énormément de jeunes en 1973 et que Maxime Leforestier s’en soit fait le porte-parole est tout à son honneur.

En une seule chanson, trois crachats à la gueule de l’école, la politique et l’église… mais aussi, en passant, aux merdias et au sexisme! Merde au bourrage de crâne, aux tromperies, aux mensonges répétés…

Il y a bien une guerre sociale, à tous les niveaux de la société, dont celui des chansons. Celle de Maxime Leforestier, bâtie sur un rejet des valeurs républicaines, liberté-égalité-fraternité, reste un monument de contestation. A réécouter et, on l’aura compris, le mot France est interchangeable à souhait…

La scène rap a développé ce salubre thème antinational, entre autres Duval MC, avec Quand j’entends le mot France (2012) et La Canaille, avec Allons enfants (2009).

En 1986, le groupe Os Cangaceiros publie un tract contre l’état d’urgence qui se termine par : A BAS LA FRANCE !

En 1988, le groupe La Banquise publie un tract contre la terreur d’Etat en Nouvelle-Calédonie qui se termine par : A BAS LA FRANCE ! [1]

En décembre 2018, en plein mouvement Gilets jaunes, la chanson Tout autour du rond-point. Chanson pour la poursuite du mouvement (chantée sur l’air d’Amsterdam de Brel) dénonce clairement : « La France c’est du discours au service d’un empire/Elle trahira toujours, il faut s’attendre au pire/La France c’est une entrave contre les prolétaires/Comme si l’esclavage s’arrêtait aux frontières ! »

Maxime Leforestier prend avec J’m’en fous d’la France les enfants avec lui, qu’on peut facilement abîmer avec des valeurs qui les préparent à accepter le pire : « On a profité de mon enfance pour me faire croire à des conneries ! »

On a tous subi ce bourrage de crâne, catho ou socialo, républicain ou autre, et le monde de l’argent commence très tôt à faire sa propagande. Ne pas hésiter à contrer cette maltraitance en discutant avec nos enfants, à les mettre avec nous contre la société… à les considérer comme des êtres respectables.

Pour finir, un peu d’humour, sur l’air du Métèque de Moustaki, avec Agnès Bihl :

[1] On peut trouver ces documents et bien d’autres sur le site Fragments d’Histoire de la gauche radicale.


Paroles

Je m’en fous de la France, on m’a menti.
On a profité de mon enfance pour me faire croire à une patrie.

Je demande à voir la liberté, la liberté qui était marquée
Sur le portail de mon école, liberté de chanter mais, attention
Sorti de l’atelier, liberté de voir
Les conneries débitées dans France Foire
Liberté de penser la même chose que la majorité.

Je m’en fous de la France, on m’a menti.
On a profité de mon enfance pour me faire croire à une patrie.

Je demande à voir l’égalité, l’égalité qui était gravée
Sur le fronton de ma mairie, égaux, ta femme et toi
Mais pas la paie de fin de mois.
Égaux, toi et ton fils quand il aura fait son service.
Égaux, les hommes et toi mais s’ils sont plus grand, t’as pas le choix.

Je m’en fous de la France, on m’a menti.
On a profité de mon enfance pour me faire croire à une patrie.

Je voudrais voir la fraternité, la fraternité racontée
Dans le linteau de cette église, fraternel dans les moeurs
Mais en tenant compte de la couleur.
Fraternel avec celui qu’a pu apprendre à dire merci.
Fraternel, on est tous frères, mais à la guerre comme à la guerre.

Je m’en fous de la France, on m’a menti.
On a profité de mon enfance pour me faire croire à des conneries.

 


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