Traces de censures


Dans cette page sont présentées quelques citations, provenant de sources diverses, concernant la répression de la vie de notre classe sociale, par la classe dominante, via la censure de nos joies et peines chantées, dansées, jouées, etc. Liste non exhaustive, bien sûr.

La protestation populaire en France 1789-1820Richard Cobb (Calmann-Lévy, 1970).

« Même les joueurs d’orgue de Barbarie et les chanteurs de rue étaient considérés comme d’éventuels incitateur à la sédition. Les premiers ne devaient jouer que les airs que l’on avait déjà entendus dans les opéras officiels ; les autres devaient montrer leurs partitions à la police avant d’obtenir une licence, et toute liberté prise avec le texte ou toute improvisation se voyaient punies par le retrait des patentes. »

Pop music rockPhilippe Daufouy et Jean-Pierre Sarton (Champ libre, 1972).

« … le terme de jeunesse. Il faut entendre par là le concept employé par l’idéologie dominante pour désigner une catégorie d’âge dans le but de masquer l’existence de classes antagoniques. Par ailleurs, l’énergie, constamment refoulée chez un jeune, recherche des sources de libération autres que celles que la société lui impose. Aussi, pour que cette énergie ne trouve pas son issue naturelle, la société moderne a-t-elle créé des secteurs spécialement destinés à la canaliser : spectacles, disques, modes, motos, etc. Le rock’n’roll et la pop music en font partie. »

La nouvelle chanson chilienneJean Clouzet (Seghers, 1975) :

« Beaucoup de chansons étaient enfoncées dans la tête des gens, mais des chansons aseptisées et tranquillisantes, le quotidien n’y figurant qu’idéalisé. Ces chansons jouaient un rôle comparable à celui tenu par les romans-photos (plus tard les feuilletons télévisés), les bandes dessinées et le sport. Di-vertir. Détourner les gens de leurs problèmes immédiats. Rendre supportable l’insupportable. Faire écran aux aspirations, aux difficultés, aux revendications. Une vie en rose contre les idées noires. Ou rouges. »

La sorcière au village : XVème-XVIIIème siècleRobert Muchembled (Archives Julliard /Gallimard, 1979) :

« (…) la législation royale (…) dans les Pays-Bas, se manifeste dans l’encadrement des populations : des édits multiples, à partir des années 1580 en particulier, interdisent de fréquenter les tavernes durant la messe, condamnent les chansons, les comédies et les jeux indécents, limitent le nombre des convives dans les repas de mariage ou d’enterrement, ainsi que la durée des ducasses et des kermesses, prohibent sous peine de lourdes amendes les danses villageoises, etc. C’est dire qu’une chape de plomb s’abat sur les populations et que ceux qui transgressent ces décisions peuvent se retrouver devant les tribunaux, notamment pour crime de sorcellerie si leur conduite scandalise ou inquiète leurs concitoyens. »

La chanson de la CommuneRobert Brécy (Les Editions ouvrières, 1991).

« (… la censure s’exerce aussi contre les idées et les mots qui, dans les chansons politiques, risquent de provoquer des réactions populaires, de menacer l’ordre établi). Il faut donc bien admettre que les œuvres militantes écrites dans la décennie qui suit la Commune n’ont pu que rarement être chantées en France autrement qu’en privé.

Cette période de 1871 à 1880 est cependant riche en chants où revit la Commune et où sont décrits les souffrances et les espoirs des survivants enchaînés ou proscrits. Elles sont nées dans les prisons, dans les bagnes, en terre d’exil ou ailleurs, en France même. »

Pendant le conflit 14-18, la propagande guerrière s’est exercée de façon dictatoriale. Les soldats étaient tenus d’assister aux concerts patriotiques où des chants délirants de haine raciale, ou franchement avilissants, étaient présentés. Certains ont fait de la prison pour avoir refusé d’assister à ces veuleries. Ici un exemple tiré de Paroles de poilusJean-Pierre Guéno (Librio, 1998) :

« Le 11 juillet 1917.

L’exercice ne s’arrête pas comme tu pourrais le croire à l’exercice de la baïonnette et à la gymnastique. Non, il y a encore une troisième pause et celle-là est consacrée au chant. Parfaitement, mon vieux, on nous fait chanter maintenant, comme autrefois à l’école : la Marseillaise, le Chant du départ et la Madelon (chanson de marche)…

Pierre Rullier. »

Si nous prenons le 19ème siècle en France, nous avons la chanson de Jean-Baptiste Clément, Le Temps des cerises, censurée à partir de 1871, parce que les ouvriers y voyaient une évocation de la Commune de Paris. Or, la chanson date de 1866, soit quatre ans avant le début de la révolution.

Un autre exemple, au 20ème siècle cette fois, est évocateur de la peur des puissants pour la mémoire de nos combats pour la liberté. Boris Vian écrit Le Déserteur (par pur hasard) le jour-même de la défaite de l’armée française, à Dien-Bien Phu (Vietnam), en mai 1954. Elle sera aussitôt interdite en France, jusqu’en 1962. Cette chanson, à la tumultueuse histoire, pourrait être comprise comme un hymne pacifiste. La censure lui a donné une dimension antimilitariste. Tout ça, c’est du passé ? Pas sûr. Voici ce que Wikipedia nous apprend :

« Mais le sujet reste brûlant : une directrice des écoles à Montluçon, Mme Pinon, fut suspendue à vie de toute direction d’établissement pour l’avoir fait chanter à deux élèves le 8 mai 1999 pour commémorer la capitulation allemande du 8 mai 1945. »

En Belgique, une chanson censurée fut celle de Claude Semal, Hoboken (1980), dénonçant la Société Générale et l’Union Minière, responsables directs de multiples cancers, dans cette région de Flandre.

Le film de Claude Autan-Lara, Tu ne tueras point (1961) a été censuré en France, Allemagne et Italie… de même que la chanson du film, L’Amour et la guerre, écrite par Bernard Dimey, mise en musique et chantée par Charles Aznavour.

Interview de Serge Utgé-Royo, en 2007, dans lequel il restitue, entre autre, l’original de la chanson Si me quieres escribir, où l’on voit les staliniens faire œuvre étatique de censure :

http://divergences.be/spip.php?article409

 


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