Ballata dell’anarchico Pinelli


Le 12 décembre 1969, une bombe explose dans une banque de la Piazza Fontana, à Milan : 17 morts, 88 blessés. Les auteurs de ce carnage sont des membres d’extrême-droite, les commanditaires, la CIA et les services secrets italiens. La stratégie de la tension est bien rodée, plusieurs autres attentats meurtriers auront lieu dans les années de plomb à venir. Le pari étatique est de monter l’opinion publique contre les groupes armés qui se multiplient, en Italie, à l’époque, et justifier des mesures très dures, pour contrôler le prolétariat qui secoue ses chaînes… comme partout dans le monde dans cette vague de lutte 68-73.

Aussitôt, la police organise de gigantesques rafles… dans les milieux d’extrême-droite ?, non dans ceux des contestataires, anarchistes et gauchistes. Parmi les 4000 arrestations, l’anarchiste de 41 ans, Guiseppe Pinelli est interrogé par des flics dirigés par l’inspecteur Calabresi… et défenestré du quatrième étage !

Quelques camarades de Pinelli écrivent aussitôt la Ballata dell’anarchico Pinelli, sur un air connu. Plusieurs versions existent, reflétant les sensibilités politiques des auteurs, les uns mettant en avant l’anarchisme, les autres, marxistes-léninistes, non.

La version de Joe Fallisi, avec l’harmonica qui vient strier l’atmosphère, donne à cette ballade un puissant ton amore e rabbia:

En 1970, Silvano Secchiari écrit une deuxième chanson, jamais enregistrée et donc peu connue, Le massacre de Milan. Nous en donnons ci-dessous la traduction française, trouvée sur l’excellent site : antiwarsongs.org.

Dario Fo écrit une pièce sur ce meurtre, en 1970, Mort accidentelle d’un anarchiste, qui deviendra célèbre.

Luigi Calabresi sera exécuté le 17 mai 1972, par un commando de Lotta continua, un groupe maoïste, dit spontanéiste.

Le film Piazza Fontana de Marco Tullio Giordana, de 2012, retrace de façon lamentable cet épisode.

Le Vatican a entamé une procédure de béatification de Calabresi !

Lunga vita alla rivoluzione !


Paroles

Quella sera a Milano era caldo
ma che caldo, che caldo faceva,
« Brigadiere, apri un po’ la finestra! »,
una spinta… e Pinelli va giú.

« Sior questore, io gliel’ho giá detto,
le ripeto che sono innocente,
anarchia non vuol dire bombe,
ma uguaglianza nella libertá ».

« Poche storie, confessa, Pinelli,
il tuo amico Valpreda ha parlato,
è l’autore di questo attentato
ed il complice certo sei tu ».

« Impossibile! », grida Pinelli,
« Un compagno non puó averlo fatto
e l’autore di questo delitto
fra i padroni bisogna cercar ».

« Stai attento, indiziato Pinelli,
questa stanza é giá piena di fumo,
se tu insisti, apriam la finestra,
quattro piani son duri da far ».

Quella sera a Milano era caldo
ma che caldo, che caldo faceva,
« Brigadiere, apri un po’ la finestra! »,
una spinta… e Pinelli va giú.

C’e’ una bara e tremila compagni,
stringevamo le nostre bandiere,
quella sera l’abbiamo giurato,
non finisce di certo cosí.

E tu Guida, e tu Calabresi,
se un compagno é stato ammazzato,
per coprire una strage di Stato,
questa lotta piú dura sará.


BALLADE DE L’ANARCHISTE PINELLI

Il faisait si chaud à Milan,
ce soir-là, que c’était chaud!
« Brigadier, ouvrez donc la fenêtre… »
Et voilà que Pinelli est tombé.

“Commissaire, vous le savez déjà
j’ vous répète, je n’ suis pas coupable.
L’anarchie, ce n’est pas des bombes
mais justice dans l’égalité.”

“Arrêt’ donc un peu, suspect Pinelli,
ton cam’rade Valpreda a parlé,
c’est lui l’auteur de cet attentat
et t’es son complice, on le sait.”

“C’est pas vrai!”, Pinelli s’est écrié,
“Un camarade n’ peut avoir dit ça,
faut chercher bien parmi les patrons
ce qui la bombe a fait éclater.

D’autres bombes vont être jetées
pour empêcher la lutte de classe,
les patrons et les bureaucrates
savent bien qu’on en a assez.”

”ça suffit, suspect Pinelli!”.
Calabresi criait un peu nerveux,
“Toi, Lo Grano, ouv’ un peu la fenêtre,
quatre étages, c’est dur à les faire.”

Qu’il faisait chaud à Milan en décembre,
Qu’il faisait chaud, c’était pas normal,
Il a suffi ouvrir la fenêtre,
un’ poussée et Pinelli est tombé.

Des jours après, on était trois mille,
trois mille à ton enterr’ment
et personne n’oubliera jamais
ce qu’il a juré sur ton cercueil.

Ils t’ont tué en te cassant le cou,
tu es tombé et t’étais déjà mort,
Calabresi rentre à son bureau,
mais il n’est pas plus si tranquille.

Ils t’ont tué pour que tu te tais’s,
parc’ qu’ t’avais tout compris,
maintenant tu n’ peux plus parler
mais tout ça, ils vont le payer cher.

Progressistes, récupérateurs
nous crachons sur vos discours
pour Valpreda, Pinelli et pour tous nous
il n’y a qu’une chose à faire.

Les ouvriers aux usines et ailleurs
vont signer votre condamnation,
le pouvoir commence à trembler,
la justice sera bientôt jugée.

Calabresi et Guida, les fascistes,
n’oubliez pas que les années sont longues,
un jour va bien s’passer quelque chose
qui Pinelli vous rappellera.

Et il faisait si chaud à Milan,
ce soir-là, que c’était chaud!
« Brigadier, ouvrez donc la fenêtre… »
Et voilà que Pinelli est tombé.


LE CARNAGE DE MILAN (BALLADE POUR LA MORT DE PINELLI)

Ohé Messeigneurs, je vais vous raconter l’histoire
De la bombe qui explosa à Milan
Mais le fait est étrange, tellement
Qu’on ne comprend pas ce carnage noir.

Des policiers de tout le pays
Sans écouter aucune raison
Commencèrent la perquisition
Et les anarchistes furent arrêtés.

Et parmi tous ces arrêtés
À Pinelli échut la mésaventure
De rencontrer la mort à la préfecture
Et cela aussi , on ne peut l’expliquer !

Il a laissé une femme et deux enfants
C’était un homme estimé à Milan
Et qui ne voulait pas certainement
Mourir du quatrième étage du bâtiment.

Ensuite advint l’arrestation de Valpreda
Mais le taxi était pour sûr un Judas.
Que Pietro ait fait cela, je le nie
Il ne faut pas salir l’Anarchie.

Quand il s’agit de révolution
Nous les anarchistes, nous sommes toujours là
Voici la doctrine de Malatesta
Et Gori dit la même chanson.

Supprimez les rois et les tyrans
Défendez la population
L’anarchie n’est pas la confusion
Comme veulent le faire accroire tant de gens.

Moi-même, Messeigneurs, il m’arrive de penser
Que si la « loi » changeait de piste
Dans ce massacre, elle trouverait la patte fasciste
Que quelqu’un veut masquer.

Je vous salue ô mes bons compagnons
Revendiquons Pinelli, notre compagnon et
Saluons la FAI, notre Fédération
L’Anarchie doit toujours avancer.

 


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