Le Mal St-Martin


Au XIVème siècle, à Liège, ce sont le haut clergé et les patriciens (gros marchands) qui ont le pouvoir. Les petits artisans, les ouvriers et le bas clergé tentent de survivre et s’opposent à eux. Voulant en finir et anéantir cette résistance, les patriciens,  dans la nuit du 3 au 4 août 1312, tendent un piège mortel aux bouchers, en incendiant leur halle et massacrent ceux-ci, accourus pour sauver leur outil de travail. Les autres métiers et le bas clergé affluent alors et s’opposent aux patriciens et leur soldatesque… qui refluent dans la collégiale St-Martin, sur les hauteurs de Liège. Et là, la sainte rage populaire s’exprime : les ouvriers boutent le feu à la collégiale. Deux cent bourgeois périssent.

En 2012, la chorale liégeoise C’est des Canailles chante cet épisode violent qui a vu, pour une fois, nos maîtres défaits, avec cette chanson intitulée Le Mal St-Martin.

« Belle qui est ma mie/Te souviens-tu ma douce/De ce mois d’août de vie/De l’an treize cent douze/Où le peuple de Liège/Grilla des patriciens/Qui s’étaient pris au piège/En l’église Saint-Martin ? »

La chanson, à la mélodie douce, quasi religieuse, se termine par : « Nobles qui conspirez, craignez l’ire populaire/Bourgeois qui exploitez, craignez notre colère ».

Le thème reste donc d’actualité ! Aussi vrai que nobles et bourgeois se sont toujours combattus pour se partager le gâteau, mais unis dès que notre classe sociale commençait à résister et lutter.

Témoin le livre de 1850 d’Engels, La guerre des paysans en Allemagne, dans lequel il décrit tout ce processus, lors de la gigantesque vague révolutionnaire, du XVIème siècle.

Cette chanson est importante, elle agit comme une véritable transmission de notre mémoire de vie, de lutte. Alors que les livres d’école nous parlent de rois, de mariages, de lignées, de sang, de couronnes, etc., cette chanson parle de nous, les Petits, les humbles, les gratte-misère, à la campagne ou dans les villes et toujours nous courbons le dos… mais non, justement, parfois on se rebiffe ! Et là, on découvre notre force. Unis contre l’oppression ! Toujours d’actualité !

Notre classe sociale, exploitée, humiliée… n’a jamais cessé de lutter, jamais complètement. La lutte de 1312 à Liège s’inscrivait dans un continuum de soulèvements populaires dans la principauté : à Dinant en 1255, à Huy entre 1297 et 1302, à Saint-Trond en 1302-1304.

Que cette chanson rappelle l’épisode glorieux liégeois, sept siècles plus tard, est tout à l’honneur de C’est des Canailles.


Paroles

Belle qui est ma mie
Te souviens-tu ma douce
De ce mois d’août de vie
De l’an treize cent douze
Où le peuple de Liège
Grilla des patriciens
Qui s’étaient pris au piège
En l’église Saint-Martin ?

Nobles et patriciens
Tous armés échevins
Conspirèrent en parloir
En Féronstrée le soir
Ordre d’Arnoul cruel
Ils partirent sus aux gueux
Et du sang rouge ruisselle
Sur le marché fangeux

Dans leur halle, les drapiers
Vignerons et bouchers
Houilleurs aussi tanneurs
Chanoines et serviteurs
Chassèrent les cruels
Au travers des ruelles
Les nobles sans destin
Envahirent Saint-Martin

Bientôt flammes fatales
Brisent la cathédrale
Brûlant cent patriciens
Dans le Mal Saint-Martin
Nobles qui conspirez
Craignez l’ire populaire
Bourgeois qui exploitez
Craignez notre colère

 


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