
En 1994, est publiée une Anthologie de la chanson française, dont nous extrayons aujourd’hui une chanson anonyme, 1757, qui rappelle la bataille de Rossbach du 5 novembre 1757, que l’armée française perd contre l’armée prussienne. On se l’écoute :
La chanson semble avoir été intitulée, à l’époque, Les reproches de La Tulipe à Madame de Pompadour. Le changement en 1757 a-t-il été fait récemment, pour les besoins éditoriaux ?
Cette chanson est anonyme. Certains ont avancé le nom de Voltaire, sans aucun preuve.
La date de son écriture étant inconnue, on peut supposer qu’elle a suivi les événements guerriers de près.
Comment a-t-elle traversé quasi trois siècles, pour nous parvenir ? Mystère.
Tous s’accordent à la considérer comme rendant compte d’un état d’esprit qui augure de la vague révolutionnaire de la fin du 18ème siècle, en France, que l’historiographie bourgeoise appelle Révolution française.
Sur notre site, nous avons présenté trois traces chantées qui émanent de cette période, qu’on peut lire dans la rubrique Analyses, La Carmagnole, Les voyages du bonnet rouge et La guillotine permanente.
La chanson La révolte de Pétignat, dans la rubrique Analyses également, parle d’une révolte datant de 1740, et rentre dans cette longue suite de résistances, révoltes, défenses, etc., qui ont amenés à la vague révolutionnaire de 1789 et suivantes. Nous savons que les prémices de cette vague de lutte gigantesque nous ramènent bien avant 1789.
1757 dénonce le peu de cas que font nos maîtres de tout temps de nos vies… elle est toujours d’une brûlante actualité !
Nous ne parlerons donc pas d’incompétence, au contraire, mais d’un continuum millénaire de la guerre des puissants contre nous.
Et, à l’instar du dernier couplet qui nous montre la voie… comme nos glorieux ancètres, nous devrons affronter nos ennemis de classe, dans tous les pays, pour instaurer une société humaine. Nous éliminerons les Soubise, Pompadour, Macron et autres tortionnaires, car eux ne subsistent qu’en nous exploitant, nous opprimant, nous terrorisant et nous marchant dessus à longueur de temps :
« Quand nous serons à bout de tout,
Nous saurons bien à qui, Madame,
Il nous faudra tordre le cou! »
Paroles
1757
Si vous vous contentiez, Madame,
De rendre le roi fou de vous,
L’amour étant l’affaire des femmes,
Nous n’en aurions aucun courroux.
Comprenez-vous?
Mais depuis quelque temps, Marquise,
Vous voulez gouverner en tout ;
Laissez-moi dire avec franchise
Que ce n’est pas de notre goût.
Comprenez-vous?
Que vous nommiez des Eminences
Et des abbés tout votre soûl,
Que vous régentiez les finances,
Après tout le soldat s’en fout.
Comprenez-vous?
Mais, quand vous nommez, pour la guerre
Certain général archifou,
Il est normal que l’militaire
Vienne un peu vous chercher des poux.
Comprenez-vous?
Parce qu’un beau soir, à Versailles,
Vous avez joué les touche-à-tout,
Nous avons perdu la bataille
Et moi je n’ai plus qu’un genou.
Comprenez-vous?
Je ne suis pas méchant, Marquise,
Mais vous savez, j’aimais beaucoup
Tous ces amis qui, sous la bise,
Ce soir ne craignent plus le loup.
Comprenez-vous ?
Je l’aimais bien, mon capitaine :
Il est tombé percé de coups ;
C’était un bon gars de Touraine,
Il ne rira plus avec nous.
Comprenez-vous ?
Tous ces amis, chère Marquise,
Seraient aujourd’hui parmi nous,
Si vous n’aviez nommé Soubise,
Cet incapable ! Ce filou !
Comprenez-vous ?
Car ce n’est pas un jeu la guerre,
Madame, il s’en faut de beaucoup !
On peut y perdre, comme mon frère,
Ses entrailles sur les cailloux.
Comprenez-vous ?
Mais je ne fais pas de manière,
Et si je pleure devant vous,
C’est que mon père est dans la terre
Et que ma sœur n’a plus d’époux.
Comprenez-vous?
Du sang de mes chers camarades,
Un ruisseau rougit tout à coup ;
Aucun poisson ne fut malade,1
Car les poissons avalent tout.
Comprenez-vous ?
Mais quand nous n’aurons plus de larmes,
Quand nous serons à bout de tout,
Nous saurons bien à qui, Madame,
Il nous faudra tordre le cou.
Comprenez-vous ?
1 La marquise de Pompadour s’appelait en réalité Jeanne-Antoinette Poisson.